close
  • Co chevron_right

    Présidentielle US : y a-t-il eu des fraudes contre Trump ?

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 15 November - 04:50 · 12 minutes

Trump fraudes

Par Alexis Vintray.

Selon les principaux médias et dans l’attente des résultats officiels, Joe Biden a largement remporté la présidentielle américaine de 2020 face à Donald Trump, avec 306 grands électeurs contre 232 pour l’ancien président (79 millions de voix contre 73 pour Trump).

Mais contrairement à 2016 où, avec des marges plus petites, Hillary Clinton avait concédé la victoire à Donald Trump quelques heures après la clôture des derniers bureaux de vote, celui-ci s’y refuse, arguant en particulier de « fraudes ».

Quels sont les faits connus à ce stade et les accusations de fraude tiennent-elles la route ? Les principaux médias mainstream ont rejeté ces accusations sans les creuser, essayons d’aller plus en profondeur, avec un tour d’horizon des principales accusations.

Changement des tendances après les premiers dépouillements

Les premières attaques de la campagne Trump ont été de critiquer le fait que les résultats issus des premiers dépouillements de la soirée ont par la suite nettement évolué. En particulier pour pointer les États où, évidemment, c’était en défaveur de Trump, comme la Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan :

Une rhétorique bien huilée, qui est allée jusqu’à demander de stopper le dépouillement, alors que des millions de bulletins n’avaient pas été dépouillés…

Cette tentative de semer le doute sur des résultats partiels n’a pourtant aucun fondement : dans ces États, le vote par correspondance ne pouvait légalement être dépouillé qu’au dernier moment, et il met davantage de temps à l’être.

En outre, le vote par correspondance est plébiscité par les démocrates bien plus que par les républicains. Il est donc logique (et attendu) que dans ces États, les votes dépouillés les derniers soient les plus favorables aux démocrates.

C’est exactement ce qui était prévu par les observateurs indépendants , et ce qui s’est passé. Voici par exemple ce qu’écrivait en amont de l’élection le site indépendant FiveThirtyEight, dans le cas du Michigan :

Ni Donald Trump ni sa campagne ne sont pourtant revenus sur leurs accusations initiales.

Pas d’observateurs républicains ?

Le deuxième niveau d’accusations de fraude a été la dénonciation de l’absence d’observateurs républicains pour le dépouillement, en particulier dans les swing states du Midwest. Cible particulière de leurs attaques, la Pennsylvanie et Philadelphie.

Dans un discours tenu depuis la Maison Blanche le 5 novembre , Donald Trump a ainsi accusé les responsables de l’élection d’empêcher les républicains d’observer le dépouillement du vote : « they don’t want us to have any observers, although we won a court case. The judge said you have to have observers » .

Pourtant, les observateurs des deux bords étaient bien présents depuis le début du dépouillement , pour veiller en particulier sur le dépouillement centralisé des bulletins envoyés par la poste, effectué par des personnes payées pour le faire. La question était uniquement la distance à laquelle ces observateurs pouvaient être.

Une première décision de justice, le jour même de l’élection, avait confirmé les règles de distance minimum mises en place par l’État pour le dépouillement dans le contexte de l’épidémie de Covid, règles qui s’appliquaient aux républicains comme aux démocrates.

Une seconde décision de justice a finalement approuvé les demandes des républicains d’une distance réduite à 2 mètres des tables de dépouillement. Aucune fraude n’a été identifiée de cette sorte. Ce qui n’a pas empêché le président sortant de se féliciter d’une grosse victoire juridique.

La totalité des opérations de dépouillement ont été filmées et diffusées en direct sur Internet , et le Sénateur, pourtant républicain, de Pennsylvanie, Pat Toomey, a qualifié d’infondées les accusations de fraude proférées par Trump . L’un des city commissionner de Philadelphie, Al Schmidt, lui aussi pourtant républicain, a été dans le même sens en défendant l’intégrité du processus électoral et dénonçant l’absence de preuves dans les accusations graves de Donald Trump .

Les avocats de la campagne Trump ont fini par reconnaître devant le juge que leurs observateurs étaient bien présents pour le dépouillement .

Quid des votes tardifs ?

Une source d’accusation récurrente de la part du président sortant et de sa campagne a été les votes postaux reçus tardivement. Certains États démocrates ou républicains ont, en amont de l’élection et au vu du nombre massif de votes postaux cette année en raison du Covid, modifié leurs règles sur la date limite à laquelle les votes pouvaient être pris en compte.

Ainsi, la Californie acquise aux démocrates accepte les bulletins postaux jusqu’au 20 novembre, tandis que le Mississippi, acquis aux républicains, acceptaient les bulletins arrivés jusqu’au 10 novembre, une semaine après l’élection . Il en est de même dans de nombreux États, dont des swing states .

Donald Trump a pourtant, dans un tweet tout en majuscules, et sans aucune légitimité pour le faire, affirmé qu’aucun vote ne serait accepté après la date de l’élection au mépris des lois de ces États. Un tweet envoyé le 5 novembre, alors que sa défaite semblait inéluctable si le dépouillement allait à son terme :

Les républicains sont allés en justice en Pennsylvanie, pour tenter de faire interdire ces bulletins datés au plus tard du jour de l’élection mais arrivés ultérieurement. La justice a, à ce stade, systématiquement rejeté leurs demandes de ne pas compter ces bulletins, postés avant la date limite de vote, mais reçus après cette date limite.

Les bulletins en question (9300 en Pennsylvanie) n’ont à ce stade pas été pris en compte dans les résultats ; et quand bien même ils l’auraient été, ils sont négligeables par rapport à l’avance de 65000 voix de Joe Biden dans l’État .

La dernière demande des républicains a été rejetée par la cour d’appel du troisième circuit (justice fédérale américaine) avant-hier . La décision est désormais entre les mains de la Cour Suprême et, quel que soit son résultat, ne semble pas en mesure de changer le résultat.

Analyses statistiques

Devant le dégonflement de ces différentes accusations, mais aussi de dizaines d’autres, comme le Sharpiegate , ou les caisses de bulletins de vote qui auraient été clandestinement apportées au centre de dépouillement et qui se sont révélées être… le matériel d’enregistrement de journalistes , ou plus généralement des défaites récurrentes en justice , les républicains ont tenté d’autres accusations, à savoir prouver la fraude par des analyses statistiques.

Ainsi, ils pointent les bulletins de vote où seul le choix pour le président avait été fait par l’électeur, et non le choix pour le Sénat par exemple. En effet, aux États-Unis, le vote se passe le même jour, avec un unique bulletin. Pourquoi des électeurs auraient voté uniquement pour Biden, sans voter aussi pour l’élection au Sénat ?

Pourtant, ce phénomène d’undervoting est bien connu, récurrent, et a plutôt eu tendance à baisser en 2020 . En outre, des votes  qui se limitent à un vote pour (ou contre) le président sont somme toute assez logiques dans un contexte politique particulièrement divisé et une élection qui était davantage un referendum pour ou contre Trump qu’autre chose.

D’autres ont tenté de montrer que des dizaines de milliers de faux électeurs auraient voté, puisque les listes électorales présentaient des noms avec des dates de naissance au 1er janvier 1800 ou au 1er janvier 1900. Il s’est avéré ensuite que les dates de naissance de ce genre, évidemment fausses, étaient soit des erreurs humaines, les électeurs en question étant bien vivants, soit avaient pour objectif de protéger la confidentialité des victimes de violences conjugales

D’autres analyses statistiques ont tenté de prouver des anomalies dans le dépouillement sur la base des graphiques cités dans les tweets ci-dessous. Pour résumer et simplifier, un data scientist anonyme pense avoir montré que l’évolution du nombre de bulletins en faveur de Trump et de Biden prouverait des fraudes en faveur de Joe Biden, puisque les courbes évoluent en faveur de Biden.

Outre le fait que cette progression en faveur de Biden dans les swing states était attendue et causée par un vote à distance particulièrement massif cette année, l’analyse s’est révélée complètement erronée après de nombreux fact checks :

On citera aussi la loi de Benford , bien connue en statistique et utile pour identifier des cas possibles de fraude. Là encore, des comptes anonymes ont pointé que cette loi semblait montrer des fraudes dans les swing states . Une analyse contestée avec virulence par les principaux experts du sujet, comme a pu le montrer Reuters en interrogeant les principaux professeurs d’université reconnus.

Les tweets reprenant ces analyses erronées n’en ont pas moins été partagés plusieurs dizaines de milliers de fois, sans reconnaissance par leurs auteurs de leurs erreurs.

Une stratégie organisée de délégitimisation des résultats

La campagne Trump a ainsi déroulé depuis même avant l’élection une stratégie de contestation des résultats, en faisant feu de tout bois. Une stratégie sans surprise car menée depuis des mois et de plus en plus virulente à mesure que la défaite s’annonçait très probable.

Un recours à l’explication par le complot en outre très présent chez Trump, que ce soit pour expliquer qu’il n’a pas gagné d’Emmy Awards pour The Apprentice, accuser Pfizer d’avoir volontairement retardé l’annonce de son vaccin afin de lui faire perdre la présidentielle , ou encore blâmer le gouverneur pourtant républicain de Géorgie, de la soi-disant fraude qui l’aurait fait perdre

Une stratégie de communication politique bien huilée et efficace pour motiver les militants républicains, mais que les avocats de Trump se gardent bien de suivre devant les tribunaux , par manque de preuves. Des sources de plus en plus nombreuses semblent d’ailleurs confirmer que le baroud d’honneur mené actuellement par la campagne Trump est plus là pour sauver la face devant les militants que pour gagner .

Dernier élément particulièrement douteux : les fonds que la campagne Trump est en train de lever au nom de la défense de l’intégrité de l’élection présidentielle de 2020 ne sont en fait que marginalement utilisés pour gagner ses différents procès en cours sur la campagne de 2020, et surtout pour financer un PAC (un comité politique de soutien financier) qui lui permettrait d’exister politiquement dans le futur .

Comme le dit un expert du sujet cité par CNN : « He’s saying that he needs donors money for election-challenge litigation, but he’s putting the money into an account to be used for his political future. »

À se demander où est la fraude si les accusations portées par différents médias devaient se confirmer.

Et ensuite ?

Les preuves de la fraude massive que Donald Trump semble voir partout sont à ce stade proches du néant. Néanmoins, cela ne veut pas dire que tout est parfait dans l’élection américaine de 2020.

Vu de l’étranger, il reste choquant que le pays le plus puissant du monde ne soit pas à même de produire rapidement les résultats d’une élection et que ses processus électoraux laissent autant la place à des attaques récurrentes élection après élection.

La fragilité potentielle du vote par courrier ou du vote électronique et a minima le flanc qu’il prête aux attaques doivent amener les États-Unis à s’interroger sur les choix à faire pour recréer la confiance dans un processus électoral discrédité.

La façon dont les accusations de la campagne Trump ont pu être traitées par la justice est néanmoins rassurante sur la solidité de la démocratie américaine, et pour les soutiens de l’ État de droit que nous sommes sur Contrepoints .

Aussi farfelues et infondées que soient les attaques, elles sont en train d’être traitées par la justice, et les recount qui doivent avoir lieu dans certains États sont organisés dans le calme. Une fois ce processus juridique achevé, on a toute raison d’espérer que la transition se fera dans le calme entre les administrations Trump et Biden.

Addendum : la liste des accusations qui ont été démenties est bien plus longue que ce qu’il est possible de traiter dans un unique article mais aucun fait prouvant une fraude de grande ampleur n’a été à ma connaissance occulté ici. Parmi les accusations connues et non traitées ici, le vote électronique sur les machines Dominion, les accusations de Richard Hopkins, etc. En cas d’oublis, vous pouvez les signaler à alexis.vintray@contrepoints.org

  • Co chevron_right

    « Le virus circule toujours » : alarmisme, panique et privation de liberté

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 15 November - 04:45 · 5 minutes

le virus

Par Patrick de Casanove.

Le prétexte qui nous a été servi pour le couvre-feu , puis le reconfinement, est qu’il fallait éviter de surcharger les hôpitaux et en particulier les services de réanimation. Le même prétexte qu’en mars pour le confinement. C’est étrange.

L’État sacrifie la société pour sauver les réanimations. Si l’on pousse le raisonnement, on peut déduire qu’avec le confinement et les atteintes aux libertés, nous aurons un pays en ruine, un nombre élevé de décès par le SARS-coV2 non traités précocement et des pathologies autres laissées de côté… mais des lits de réanimation encore disponibles !

Au lieu, cet été, de faire retomber la pression, de préparer avec sang-froid le pays à affronter l’automne/hiver, saison favorable aux infections respiratoires, l’État a affolé les gens.

Depuis le 11 mai l’État nous a tenu en haleine avec la dite deuxième vague qui n’est jamais venue. « Le virus circule toujours » nous rabâchait-il sans cesse. Malgré son discours alarmiste l’État n’a pas du tout préparé la France à affronter une nouvelle épidémie.

L’État a continué à interdire le traitement en phase précoce

Il a laissé aux médecins un simple traitement symptomatique en attendant que les patients guérissent… ou s’aggravent. Il n’a pas prévu de lits de réanimation supplémentaires et les équipes afférentes.

Il n’a pas organisé la possible prise en charge en amont, à domicile, de patients un peu lourds, ce qui est réalisable, car la réanimation a beaucoup progressé depuis le début de l’épidémie, mais cela se prépare et ne s’improvise pas au dernier moment .

Une infime partie des centaines de milliards que l’État dépense pour « sauver » les entreprises qu’il a détruites aurait suffi à créer tous les lits de réanimation nécessaires, personnel inclus, et ainsi permis d’éviter la nouvelle catastrophe qu’il nous impose.

L’État a multiplié les tests pour… multiplier les tests

L’État a appelé à respecter les règlements et les gestes barrières. Ce que l’immense majorité des Français a fait. Puis, grâce aux chiffres obtenus en testant à tout-va, il les a culpabilisés et les a fait paniquer parce que «  le virus circule toujours ».

En vérité, il a multiplié les tests n’importe comment et sans objectif clair si ce n’est… multiplier les tests pour les multiplier et embrouiller les Français en mélangeant tout : les tests positifs, les cas, les malades etc.

On sait que le test RT-PCR est très sensible. Qu’il y a beaucoup de faux positifs . « Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté. » aurait dit Confucius. C’est ce qui est arrivé.

La réalité de l’épidémie reste inconnue

La réalité de l’épidémie est inconnue. Le nombre réel de contaminations reste inconnu, le nombre réel de malades reste lui aussi inconnu. On connaît seulement les hospitalisations et les décès « avec » le coronavirus ou « du » coronavirus.

Quand on est conscient de cela, on comprend qu’il n’est pas raisonnable de construire une politique là-dessus.

Il n’est pas raisonnable d’ annoncer 400 000 morts si l’on ne re-confine pas , ni de donner des objectifs chiffrés decas en deçà desquels les services de réanimation pourraient assurer.

Sauf à vouloir faire croire que, si à l’issue il y a moins de décès que prévu, c’est parce que le re-confinement les a évités. Sauf à se donner à l’avance des raisons pour poursuivre le confinement. Les modèles mathématiques se sont toujours trompés dans cette épidémie.

On pourra lire aussi avec intérêt « Interventions non pharmaceutiques, surcharge hospitalière et surmortalité ».

Il est légitime de se demander si l’État ne s’est pas conduit comme s’il voulait que l’épidémie ne cesse pas et soit plus grave qu’elle n’aurait dû être.

La Covid-20 ?

Les virus qui circulent aujourd’hui ont un génome différent du virus initial. Personne n’est devin. Cela dit, il est probable que nous soyons dans une configuration d’épidémie saisonnière et que nous fassions face maintenant à la Covid-20.

Il est possible que nous ayons par la suite la Covid-21, 22 etc. comme nous avons la grippe 2019-2020, 2020-2021 etc.

Considérer que le confinement et la destruction de l’économie, de la société, de la culture d’un pays est le seul moyen pour réduire une épidémie est irrationnel. Il est évident que la coercition et le confinement ne peuvent pas être la solution. Ils sont inefficaces et destructeurs .

Certains parlent de se préparer à une troisième vague en prévoyant un troisième confinement. C’est du délire.

La France, complètement désintégrée par les deux confinements et les autres mesures liberticides, ne pourra plus faire face à une troisième vague ni à quoi que ce soit : épidémie, terrorisme, guerre, violences aux biens et aux personnes, désastre social…

Le désespoir

Si tant est que l’on puisse éradiquer le SARS-coV2, il n’est pas rationnel de vouloir à tout prix y parvenir en quelques mois surtout en sacrifiant tout le reste à ce seul objectif. Donc il faut vivre avec le virus.

Mais si c’est la panique qui commande, non seulement la France ne pourra plus faire face matériellement à une nouvelle épidémie ou catastrophe, mais humainement non plus. Les gens ne tiendront pas, ni les professionnels de santé , ni les acteurs économiques , ni les enseignants, ni les enfants, ni les étudiants, ni les familles… ni personne .

Il est significatif qu’aujourd’hui la prise en charge de l’épidémie soit passée au second plan. Tout se focalise sur le confinement, ce qu’il doit être, ne pas être etc. Sa pertinence n’est même plus discutée. L’infection est oubliée, l’humain est oublié.

L’horizon des Français n’est constitué que de maladies, de morts et de privation de liberté. Aucun espoir…

  • Co chevron_right

    Quand les professions libérales implorent le joug de l’État

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 15 November - 04:40 · 4 minutes

professions libérales

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

L’Europe et notre président de la République en particulier ne cessent de dénoncer d’anciens pays de l’Est comme la Hongrie ou la Pologne pour leur vision d’une démocratie illibérale, c’est-à-dire adhérant à une culture politique qui disqualifie en son principe la conception libérale. Mais la machine macronienne poursuit pourtant de manière méthodique sa politique illibérale tendant à renforcer sans cesse l’emprise de l’État sur la société.

Cette fois, ce sont les régimes d’indemnité maladie qui seront étendus aux professionnels libéraux. M. Macron en rêvait sans savoir comment y parvenir, et ce sont les professionnels libéraux eux-mêmes qui sont venus se jeter dans la gueule du loup. Ou plutôt l’un des syndicats de professionnels indépendants qui l’a réclamé pour tous même si tous ne sont pas d’accord.

Les professions libérales obligées de verser une cotisation supplémentaire

Sur la suggestion de l’UNAPL et sans concertation préalable avec les autres organisations représentant les indépendants, le gouvernement a déposé un amendement au budget 2021 pour que les professionnels libéraux soient obligés d’adhérer à une caisse leur assurant des indemnités en cas de congé maladie.

Le prétexte en est que pendant la crise sanitaire, bon nombre de professionnels tels des infirmières, des avocats, des architectes ont été empêchés de travailler.

Et la caisse de Sécurité sociale des indépendants a versé à certains professionnels une aide de solidarité alors qu’ils ne cotisaient pas au régime. Les professionnels libéraux seront donc obligés, si la loi est votée comme c’est plus que probable, de verser une cotisation supplémentaire qui devrait être proche de 0,85 % de leur revenu, plafonné à trois plafonds de la Sécurité sociale.

Pourquoi pas s’assurer en effet ? Mais pourquoi le faire de manière obligatoire ? Le principe même des professions libérales, c’est d’avoir le moins de contraintes possible et de constituer sa retraite, de choisir son assurance complémentaire, d’être libre et responsable de la gestion de ses risques. Ce sera de moins en moins vrai.

Le régime des libéraux se rapproche de celui des salariés et tous sont dépendants de l’État. C’est la loi qui fixe leurs cotisations et leurs indemnités ! La société uniformise ainsi les situations et continue son œuvre de déresponsabilisation des individus pris en charge et soumis à des charges qu’ils ne décident pas.

Ainsi la France passe progressivement tout entière sous le contrôle de l’État

Le drame est que ce sont les victimes elles-mêmes qui en viennent à implorer le joug de l’État ou l’accepter gaiement avant de se rendre compte qu’elles y perdront leur liberté et leur dignité de professionnels indépendants. Elles paieront aussi probablement plus cher cette protection qu’elles auraient pu négocier librement.

D’autres ont suivi le même chemin et sont aujourd’hui les prisonniers d’un système étatique centralisé, autocratique et omnipotent. Les médecins se sont réjouis un temps que leurs honoraires soient pris en charge par l’État et ils sont devenus des quasi-fonctionnaires obligés d’obéir aux injonctions de l’ARS et autres autorités gouvernementales pour soigner, prescrire et se faire honorer.

Les pharmaciens sont en train de vivre cette évolution qui va les empêcher de développer leurs affaires comme ils le souhaitent sauf à faire autre chose que de la pharmacie. Les écoles privées ont été sauvées de leurs difficultés financières en 1959 en perdant la liberté de fixer leurs programmes, de licencier leurs enseignants et plus généralement en abandonnant, sauf exception, la plénitude de leur identité propre. Les avocats soumis à la misérable tarification des commis sont devenus les demi-soldes de la justice…

Ainsi la France passe progressivement tout entière sous le contrôle de l’État sans crier gare et souvent à la demande de ceux qui préfèrent devenir les agents de la République plutôt que d’accepter les aléas de leur métier et de vivre avec la passion de leur indépendance. Peu à peu la population devient allergique au risque.

De moins en moins d’actifs insufflent à la société, et en particulier à l’économie, cet enthousiasme qui devrait la transcender, et lui communiquent les vertus de libertés qui sont nécessaires à la dynamique d’un peuple, à sa confiance, à son élan sans lesquels il s’étiole et se déchire. Hélas !

Sur le web

  • Co chevron_right

    Le libertarianisme pour les nuls

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 15 November - 04:35 · 16 minutes

libertarianisme

Par Sabine Lula.

Lorsqu’on arrive dans un Institut d’Études Politiques, il est normal de se retrouver confronté aux sciences politiques sous toutes leurs formes. Que ce soit par les cours, des rencontres avec des politiciens, des conférences, ou plus simplement par la culture générale ou un engagement militant très actif, on se doit dans un tel milieu d’acquérir une conscience – ou a minima une connaissance – de la vie politique française.

Or l’on peut observer que pour l’écrasante majorité de la population, la politique se définit presque exclusivement par la sacro-sainte distinction entre la droite et la gauche . Même les personnes qui se disent apolitiques se retrouvent forcément projetées dans l’une ou l’autre de ces catégories. Cela entre dans la suite logique du renforcement des gros partis avec l’avènement de la Cinquième République, autour desquels gravitent une multitude de petits partis, plus ou moins à gauche, plus ou moins à droite, aux idéaux écologistes, aux idéaux presque trotskystes, aux velléités indépendantistes ou aux discours eurosceptiques…

Il devient alors difficile de s’y retrouver dans cette jungle politicienne, mais l’aventure peut valoir le coup : non seulement notre culture générale en ressortira forcément enrichie, mais en plus, l’on peut découvrir des pensées très marginales, et pourtant déjà relativement construites, diverses et complexes. On se retrouve intéressé, en proie à la curiosité, et avant d’avoir eu le temps de réaliser, nous voilà à nous renseigner entre deux insomnies à propos du libertarianisme.

Libertarianisme ? Mais quelle est donc cette diablerie ?! Il est très probable que ce concept vous soit inconnu au bataillon, idem pour le mot lui-même. La définir précisément devient alors une tâche des plus ardues. Comme tout bon étudiant qui se respecte, le premier réflexe est de regarder sur le Net (ne mentez pas, c’est ce que nous faisons tous). Mais l’on peut vite déchanter lorsqu’on se retrouve seul face aux milliers d’informations sur lesquelles on tombe. Résumer une pensée construite sur près de deux cents ans, ça fait peur. On craint de laisser des plumes en étudiant ce drôle d’oiseau politique… mais en mettant du cœur à l’ouvrage, il est possible de faire le tri et de réaliser un portrait, qu’on espère le plus fidèle possible, de cette étonnante philosophie du droit.

Quelle définition donner au libertarianisme ?

Tout d’abord, on tombe sur des définitions que nous donnent des dictionnaires en ligne ou des sites scolaires.

Ainsi, pour Wikipedia le libertarianisme est « une philosophie pour laquelle une société juste est une société dont les institutions respectent et protègent la liberté de chaque individu d’exercer son plein droit de propriété sur lui-même ainsi que les droits de propriété qu’il a légitimement acquis sur des objets extérieurs ».

Pour Wikibéral il est « une philosophie politique et économique (principalement répandue dans les pays anglo-saxons) qui repose sur la liberté individuelle comme fin et moyen »

Pour Larousse, il est « une philosophie tendant à favoriser au maximum la liberté individuelle, que celle-ci soit conçue comme un droit naturel ou comme le résultat du principe de non-agression. De ce fait, ses partisans, les libertariens, s’opposent à l’étatisme en tant que système fondé sur la coercition, au profit d’une coopération libre et volontaire entre individus ».

Croiser trois définitions différentes peut suffire pour dégager les grandes lignes d’une idée. On pouvait s’y attendre au vu de son nom, la liberté – individuelle – y prend une place capitale, accompagnée d’une notion particulière de droit naturel , autrement dit les droits de libertés et de propriétés légitimes. L’État apparait alors comme un danger planant au-dessus de ces libertés. Il convient de relever également le fait que les définitions précisent bien qu’il s’agit d’une philosophie, presque une éthique, voire un mode de vie, plutôt qu’un véritable mouvement politique comme on l’entend en France. On pourrait alors résumer tout cela par une phrase : « Fais ce que tu veux de ce que tu as avec ceux qui sont d’accord ».

Une fois cette définition simplifiée posée, nous pouvons nous intéresser aux sites à tendance libertarienne, mais aussi aux sources journalistiques. Nous nous trouvons alors confrontés ou bien à des informations très détaillées (car réservées aux initiés), ou bien à des articles très peu exhaustifs, parfois au point de ne pas fournir le travail d’investigation attendu de la part d’un journaliste formé dans une grande école. Faire un travail de fond devient nécessaire, pour être sûr de saisir tous les tenants et aboutissants de ce drôle d’oiseau idéologique.

Le libertarianisme, une marotte anglo-saxonne ?

Comme nous le précise la définition de Larousse, on remarque que ce schéma de pensée libertarien est particulièrement bien implanté dans les pays du Commonwealth. Et pour cause : l’utilitarisme et le pragmatisme, si chers à nos amis anglo-saxons, se reflètent en partie dans le libertarianisme. L’Éthique de la Liberté , rédigé par Murray Rothbard , en est un exemple assez parlant. « Œuvre de toute une vie », ce livre de philosophie politique fut l’un des premiers à proposer une étude purement praxéologique de la liberté, avec une démarche se voulant raisonnée et logique. Les questions du droit naturel y sont soulevées, ainsi qu’une théorie de la liberté, et une dénonciation d’une influence trop forte de l’État, qui par définition est un obstacle aux libertés individuelles

Outre l’influence de grands intellectuels, parmi lesquels, en plus de Rothbard, nous pouvons citer Charles Murray , Robert Nozick ou encore Ayn Rand , le libertarianisme est également porté dans la sphère anglo-saxonne par la pop culture, l’exemple le plus connu étant la série américaine South Park . Ce Soft Power libertarien se traduit par une vague de plus en plus forte de phobie de l’État global, visible dans la multiplication de fictions dystopiques présentant un gouvernement central comme l’Ennemi Absolu, mais aussi dans l’influence des Anonymous ou de Wikileaks , ou encore dans la méfiance qu’a le citoyen moyen dans les médias (seulement 6 % des Américains auraient confiance dans les médias, selon un sondage de 2016). D’un point de vue économique, le libertarianisme privilégie l’approche de l’ École autrichienne , avec un rejet de l’État-providence et de l’interventionnisme économique, ce qui une nouvelle fois le rend naturellement compatible avec la mentalité anglo-saxonne. Et pour preuve, un sondage du Cato Institute estime dans une étude de 2017 qu’entre 20 et 22 % de la population américaine se considère comme libertarienne.

Existe-t-il un libertarianisme made in France ?

La philosophie libertarienne semble donc particulièrement présente chez l’Oncle Sam. Mais qu’en est-il de son implantation en France ? Force est de constater que les idées libertariennes sont très méconnues dans le pays des droits de l’Homme, et pour cause : la mentalité française est davantage dans la persuasion que dans la conviction. On accorde davantage d’importance aux affects et aux sentiments que nos amis Yankees relaient plutôt au second plan lorsqu’il s’agit de se lancer dans une démarche intellectuelle.

La factualité et le pragmatisme s’importent mal dans un pays où l’on aime avoir des opinions très tranchées et où on rejette la nuance. L’exemple de La Grève d’Ayn Rand est assez parlant : publié en 1957, ce livre écrit par une Américaine d’origine russe ne fut officiellement traduit en France… qu’en 2011. Et ce alors que selon une étude de la bibliothèque du Congrès américain et du Book of the month club menée dans les années 1990, il s’agirait, après la Bible, du livre le plus influent aux États-Unis.

À cela s’ajoute la très forte conscience politique en France : il existe un grand amour de l’État , ainsi que de la législation, découlant directement du droit romain dont nous sommes encore aujourd’hui les héritiers. Là où la jurisprudence fait bien plus souvent office de loi dans ces systèmes voisins.

Si le bilan dressé en France apparaît de prime abord négatif, on réalise que certaines fondations majeures du libertarianisme moderne viennent tout droit de notre beau pays : la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 jette les bases de ce que l’on nomme aujourd’hui le droit naturel, et Frédéric Bastiat (1801-1850) bénéficie encore aujourd’hui d’une influence certaine et d’une renommée internationale. Mais ses thèses libérales ont tendances à être mal comprises, et donc rejetées par les économistes français modernes .

La méconnaissance du libertarianisme en France peut donc s’expliquer par cette véritable fracture de mentalité : elle illustre à quel point la culture intellectuelle saxonne peut être incompatible avec la française. Mais cela n’est pas une surprise. Après tout n’est pas pour rien que nous avons passé 800 ans à faire la guerre à nos voisins anglois.

D’accord, mais concrètement ? Quelles sont les valeurs libertariennes ?

Pour le libertarien, l’individu lambda est comme Mélenchon : même s’il n’est pas parlementaire, sa personne n’en demeure pas moins sacrée. La société n’a en aucun cas à lui imposer quelque chose, surtout de façon coercitive, du moins tant qu’il ne contrevient pas lui-même au droit naturel d’autrui. Rappelez-vous : « Fais ce que tu veux de ce que tu as avec ceux qui sont d’accord ».

Ainsi, il est le seul décisionnaire de ses mœurs ou de ses actions, et la société n’a pas à le considérer comme étant un être à part pour cela. Il est régi par le principe de non-agression , et n’a le droit de faire preuve de violence qu’en cas de légitime défense, c’est-à-dire quand ses libertés ou ses propriétés légitimes sont menacées par quelqu’un d’autre.

Car oui, le libertarien considère, au même titre que la liberté, le droit de propriété comme étant sacré : les objets extérieurs, c’est-à-dire autres que son propre corps, (de l’argent, une maison, un vélo, des vêtements…) obtenus de façon juste, notamment par la vente, l’échange, le troc ou la donation, sont une véritable partie de son être, et ne doivent en aucun cas faire l’objet de dégradations gratuites ou de spoliations. Le libertarien va donc sur ce point s’opposer au libertaire, son très lointain cousin anarchiste qui, lui, prône le partage égalitaire des richesses et des ressources naturelles, tout comme au liberal (terme utilisé en anglais pour désigner un individu aux valeurs socialistes).

Hormis ces constantes qui définissent le libertarianisme, il est particulièrement difficile de dresser un « tableau des valeurs moyennes » des individus libertariens. Tout simplement car leur individualité passe avant le groupe dans lequel on les classe.

Le libertarien apparaît donc dans la majorité des cas un « anti-communautaire », considérant que les particularités d’un individu (sa couleur de peau, son sexe, ses convictions morales et/ou religieuses, etc.) ne doivent en aucun cas ni le priver de ses droits naturels, ni servir de prétexte pour le déresponsabiliser de ses actions, ni à obtenir des privilèges par rapport aux autres. En d’autres termes ? « Le plus grand bonheur de toute minorité : être considérée comme tout le monde, par l’absence d’attention particulière et le plein respect de sa normalité » (Stéphane Geyres).

L’épisode « L’inqualifiable crime de haine de Cartman » de South Park (saison 4 épisode 2), série réalisée par les libertariens Trey Parker et Matt Stone, démontre dans une séquence l’absurdité des Hate Crime Laws , et en quoi elles limitent la véritable égalité entre les individus.

Certes, tout ceci reste encore relativement abstrait, surtout pour quelqu’un de non-initié. Mais heureusement, on peut facilement retrouver des documents mis en ligne par les Partis libertariens américains. Celui de la branche californienne a par exemple rendu disponible un schéma qui illustre les valeurs sociétales qu’ils prônent au quotidien.

Source : https://iepress.net/2019/01/08/le-libertarianisme-pour-les-nuls-une-approche-non-exhaustive-dun-drole-doiseau-politique/?fbclid=IwAR3SHyJqsX1VjIuuzhg0a1jkQBm80o9uL1MlEDReRC_IKyhL238EFgbGt34

On observe alors rapidement que le libertarianisme serait une fusion (au sens dragonballien du terme) entre des idéaux économiques abusivement classés à droite (économie de libre-échange, absence d’interventionnisme économique…) et des idéaux sociétaux abusivement classés à gauche ( liberté totale d’expression , de culte, liberté sexuelle…).

On peut donc à tort penser qu’il s’agit là d’un « extrême centre », que résume d’ailleurs assez bien le slogan de campagne de Tim Moen (candidat libertarien aux législatives canadiennes 2014) : « Je veux que les couples mariés gays puissent défendre leurs plants de marijuana avec leurs fusils » (d’où le détournement graphique en bandeau de l’article). Or, ce serait faire abstraction de la volonté très forte, quasi viscérale, de se débarrasser du Big Gov et de l’État. C’est oublier qu’il s’agit, du moins en partie, d’un anarchisme, ayant pour volonté première la liberté individuelle : « Ni Dieu ni Maître, sauf si on veut en choisir un nous-mêmes ».

Une philosophie anti-étatiste ? Mais alors, pourquoi des partis ?

Les velléités anarchistes (ou minarchistes ) du mouvement peuvent en effet rendre paradoxale la simple existence de partis libertariens. Cependant, nos anti-étatistes préférés savent la justifier : le but premier n’est pas tant de se réunir en organisation politique pour satisfaire des volontés interventionnistes, mais plutôt de pouvoir se regrouper, obtenir une certaine force du nombre afin de pouvoir revendiquer le respect de ses droits naturels.

C’est donc en partie sous le principe de « l’Union fait la force » que l’on a vu dès les années 1970 se former des Partis libertariens aux États-Unis, puis en Nouvelle-Zélande et en Pologne dans les années 1990. Il faudra attendre les années 2000-2010 pour que le phénomène s’implante en Europe continentale, avec des partis créés en Suède en 2004, en Allemagne en 2009, en Belgique en 2012 et en Suisse en 2014. La France n’est cependant pas en reste, avec la fondation très récente d’un Parti libertarien français en avril 2017.

Ces partis singuliers se font principalement connaître sur Internet, par leurs sites officiels, ou encore des sites parallèles dont l’ambition première est de partager le point de vue des libertariens sur l’actualité (comme le Magazine Reason , qui a près de 450 000 abonnés sur sa page Facebook). Comme ils se plaisent à le dire, leur but est moins de contrôler les gens que de réclamer pour eux-mêmes une plus grande liberté, et donc une réduction de l’État centralisé. Il s’agit là de mener un « combat contre l’ennemi » , les étatistes, mais en leur faisant face avec leurs propres armes.

D’ailleurs, comme tout mouvement, c’est autour de divers symboles que se réunissent les sympathisants libertariens. L’un des plus célèbres d’entre eux, le Gadsden Flag , présente un serpent à sonnette noir sur un fond jaune, les deux couleurs associées aux mouvements libertariens. Ce drapeau très ancien, qui remonte à Benjamin Franklin , porte la mention « Don’t tread on me », que l’on pourrait traduire par « Ne me marche pas dessus », ou encore « Bas les pattes ». Le choix du serpent à sonnette n’est pas anodin : animal inoffensif pour l’homme, il n’initie jamais le combat et se montre agressif uniquement si on l’attaque. Il semble donc bien représenter les valeurs libertariennes de droits naturels et de principe de non-agression.

D’autres animaux ont été choisis à travers le globe pour représenter les mouvements libertariens : si le serpent a été conservé en Belgique, nos amis Yankees lui ont préféré le hérisson, qui tente comme il peut de faire face à l’âne démocrate et l’éléphant républicain.

C’est cependant un oiseau qui décore le logo du tout récent Parti libertarien français, ou encore le drapeau officiel du Liberland , micro-Nation autoproclamée entre les frontières serbes et croates. Malgré sa non-reconnaissance par l’ONU, le Liberland, « un État avec le moins d’État possible » fondé le 13 avril 2015, a enregistré plus de 300 000 candidatures à la citoyenneté dès juin 2015. Ce projet ambitieux et farfelu de créer des nations libertariennes ouvertes à tous est également un symbole qui peut rassembler, parfois avec plus de force que les partis eux-mêmes, des libertariens du monde entier.

Mais s’ils sont déjà aussi nombreux, comment ça se fait qu’on n’en entende pas plus parler ?

Il est vrai que ce que l’on pourrait abusivement appeler un Homo Libertarianicus n’est pas une espèce très répandue, du moins dans la sphère publique française. Plusieurs raisons peuvent être soulevées : tout d’abord, et vous vous en êtes sûrement rendu compte à la lecture de cet article laborieux, la philosophie libertarienne est d’une complexité singulière, dont les premiers fondements dateraient de la toute fin du XVIIIe et des Lumières. Or, s’il est très difficile d’appréhender une pensée qui s’est continuellement construite depuis plus de 200 ans, il l’est encore davantage de réussir à bien la vulgariser et à la rendre accessible au citoyen lambda.

De plus, le libertarien, en accord avec sa philosophie, n’est pas du genre à la partager avec ceux qui ne le souhaitent pas. Il n’est pas constamment à évangéliser comme le feraient d’autres groupes militants, bien qu’il soit tout à fait disposé à expliquer son opinion lorsque c’est nécessaire ou que ça lui est demandé. Cela est d’autant plus vrai en France où le mouvement reste encore marginal, et où la faible diffusion de cette philosophie rend sa compréhension difficile.

Si l’on veut saisir tous les tenants et les aboutissants de ce schéma de pensée, il devient donc nécessaire d’entreprendre un travail de recherches et de lectures personnels

Article initialement publié en janvier 2019.

Sur le web

  • Co chevron_right

    Liban : la tentation chinoise

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 15 November - 04:30 · 8 minutes

Liban

Par Emmanuel Véron 1 et Emmanuel Lincot 2 .
Un article de The Conversation

Plus de trois mois après la double explosion dans le port de Beyrouth, la tentation est grande pour le Liban et, surtout, pour le parti pro-iranien du Hezbollah de se tourner vers Pékin.

Ce serait un camouflet pour Emmanuel Macron, premier chef d’État étranger à s’être rendu (par deux fois) après le drame dans ce pays sinistré : selon lui, l’aide apportée par l’ancienne puissance mandataire (1918-1946) et celle de la communauté internationale doivent être conditionnées à une lutte active contre la corruption et à un changement de système .

Il est vrai que cette exhortation française, aussitôt dénoncée par le chef du Hezbollah Sayed Nasrallah au nom de la communauté chiite (27 % d’une population totale de 6,8 millions d’habitants), allait à l’encontre d’un projet d’infrastructures de vaste ampleur financé par la Chine .

Les potentialités pour Pékin y sont gigantesques, y compris dans la Syrie voisine , elle-même amenée à se reconstruire. L’enjeu est évidemment considérable pour le pays du Cèdre que les quinze années de la guerre civile (1975-1990), conjuguées aux effets de la guerre de 2006 et de la crise économique ont durablement pénalisé.

Complexes rapports des forces au Liban

Le Liban traverse la pire crise économique de son histoire, marquée par une dépréciation inédite de sa monnaie , une explosion de l’inflation et des restrictions bancaires draconiennes sur les retraits et les transferts à l’étranger.

Près de la moitié de la population libanaise vit dans la pauvreté et près de 40 % des actifs sont au chômage. La situation s’est aggravée avec la venue massive de réfugiés syriens fuyant depuis 2011 le conflit que subit leur pays. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies, ils seraient aujourd’hui plus de 1,5 million, dont 500 000 jeunes entre 3 et 14 ans .

Ce qui fait du Liban (4,1 millions de Libanais résidant dans le pays), le pays avec le plus fort taux de réfugiés au monde – puisqu’un habitant sur quatre y a le statut de réfugié.

Cette question constitue à la fois un enjeu politique majeur et un drame humanitaire sans précédent. La situation perturbe de nombreux Libanais – du petit commerçant aux élites, en passant par les politiques et les humanitaires.

Par ailleurs, l’entrée en application d’un nouvel arsenal de sanctions dirigées contre le pouvoir syrien et décidées par le Congrès américain en juin dernier ne peut guère arranger la situation régionale désormais au bord de l’asphyxie. Cet ensemble de sanctions – surnommé « la loi César » – vise à exercer « une pression maximale » sur le régime de Damas et sur son principal allié, Téhéran.

La vindicte du Hezbollah à l’encontre de la France et des États-Unis s’explique d’autant mieux que son principal pourvoyeur iranien est confronté à de très grandes difficultés. Le plan de lutte du Hezbollah contre la Covid-19 , qui se voulait une démonstration de force, a d’ailleurs aussi exposé ses faiblesses (logistiques et moyens).

Pour autant, le Hezbollah est assuré d’une victoire de Bachar Al-Assad en Syrie. Il mise donc plus que jamais sur l’axe Téhéran-Moscou, qui se renforce au fur et à mesure que les États-Unis s’opposent à lui.

La Chine n’est pas en reste puisqu’elle assure déjà 40 % des importations du Liban . Plus symboliquement encore, la fameuse route reliant Beyrouth à Alep – via Damas –, autrement appelée M 5, que Bachar Al-Assad a reprise aux trois quarts aux rebelles dès 2015 avec l’aide de son allié russe, pourrait être parachevée sur son tronçon libanais grâce à des investissements chinois.

Comme leurs alliés américains, qui ont abreuvé le Liban de dollars, l’Arabie saoudite et les monarchies du Golfe ont pris des distances. Ils accusent les dirigeants libanais de laisser le Hezbollah former les rebelles houthis contre lesquels ils sont en guerre au Yémen. Réciproquement, les Houthis financeraient, avec le soutien de Téhéran, les activités du Hezbollah .

L’enjeu stratégique du port de Beyrouth

Au-delà de ses propres besoins nationaux, le Liban demeure un point d’entrée essentiel pour l’ensemble de la région . Les pays du Levant tels la Jordanie, la Syrie ou l’Irak, ou encore les pays du Golfe, dépendent aussi de leurs relations commerciales avec le Liban. 73 % de ses propres importations se faisant par la voie maritime, le lien du Liban à la mer est essentiel. Il repose sur le dynamisme d’une infrastructure clé, le port maritime.

Un appel d’offres met actuellement en concurrence la France et la Chine pour la reconstruction du port. Sans surprise, le Hezbollah s’oppose aux initiatives françaises et a par ailleurs recours à tous les leviers possibles pour attiser et relayer la haine fomentée par le président turc Recep Tayyip Erdogan dans l’affaire des caricatures l’opposant à la France d’Emmanuel Macron.

Cet attrait singulier exprimé par des géants mondiaux de la logistique portuaire suggère la valeur de la place libanaise dans le commerce international. Il laisse aussi supposer les jeux d’influence affichés ou dissimulés derrière ces investisseurs. Contrôler un port n’est pas anodin : cela constitue un message envoyé à des acteurs internationaux privés comme étatiques.

Ainsi les efforts déployés par les opérateurs chinois à l’égard du port du Pirée, en Grèce, donc dans l’Union européenne, illustrent une politique commerciale offensive au cœur de l’Europe, parfaitement intégrée dans le projet de la Nouvelle route de la Soie . Beyrouth sera-t-il la prochaine prise chinoise en Méditerranée ?

Pékin sait pouvoir compter sur le soutien de Moscou et d’Ankara. Car en Europe de l’est comme au Proche-Orient se cristallise chaque jour un peu plus l’alliance sino-russe, renforcée par les ambivalences turques dans son rapport à l’OTAN .

L’unilatéralisme de Washington, articulé à la seule prévalence des intérêts américains, a créé une béance dans toute la partie orientale de la Méditerranée où, à l’instar du sud de la mer de Chine, de très importants contentieux maritimes opposent les acteurs régionaux (Turquie, Grèce, Liban, Libye, Chypre et Israël) dans leur course à l’exploitation des ressources pétrolières.

On ne sera non plus surpris de voir les flottes russe et turque de plus en plus présentes à l’embouchure de Suez tandis que la Chine, dans une répartition tacite des tâches, se charge de renforcer son dispositif sécuritaire au large de Malacca.

La Chine peut-elle venir au secours du Liban ?

Le quotidien libanais Al-Akhbar (considéré comme proche du Hezbollah), relayé sur le site officiel iranien Parstoday , soutient que le Liban, dans une logique d’axe pro-iranien, doit se tourner vers Pékin, notamment en matière financière et de reconstruction du pays après la double explosion dans le port de Beyrouth l’été dernier.

Ce mouvement s’inscrit dans le sillon des recompositions de l’ordre international fortement polarisé par, d’un côté, la puissance américaine sous l’administration Trump, et de l’autre, le pôle chinois comme alternative à l’Occident.

Le Proche et le Moyen-Orient semblent plus que jamais contraints par cette dualité, autant que par ses crises intestines durables. L’accord économique et militaire entre Téhéran et Pékin (évalué à 400 milliards de dollars sur 25 ans) illustre bien la symétrie des relations entre le retrait américain et l’affirmation chinoise.

La Chine est aujourd’hui le second partenaire commercial du Liban. A titre d’exemple, la Chine fournit un volume de 1,6 milliards de dollars d’exportation en 2019 .

Pékin maintient sa présence au Liban, notamment via un fonds ( Pinglan ) consacré à la reconstruction et à la rénovation de l’habitat, notamment dans le contexte post-explosion. La RPC est également présente au niveau militaire dans le cadre de la FINUL . Une unité des forces médicales chinoises a notamment fourni son aide après l’accident industriel portuaire, faisant écho à une livraison en 2016 de matériel militaire à l’armée libanaise.

De plus, l’influence sur la jeunesse libanaise se poursuit à travers l’Institut Confucius (dans la capitale libanaise), les programmes d’échanges universitaires entre Beyrouth et des universités chinoises, et les réseaux d’affaires entre les deux pays, via les diasporas.

Alors que les pourparlers avec le FMI pour un plan de sauvetage du Liban n’ont pas abouti, les principaux pays pétroliers du monde arabe n’ont pas apporté d’aide à Beyrouth. Les donateurs internationaux se refusent d’apporter des dons conséquents en raison de la forte corruption.

Cette situation pousse un peu plus le Liban dans l’orbite de Pékin et de Téhéran. Dans une logique de politique internationale, la Chine peut engager des prêts au Liban, avec comme contrepartie, un soutien – ou du moins, un silence – du Liban sur des dossiers internationaux tels que Taïwan, la mer de Chine du Sud ou la répression des Ouïghours.

Georges Corm, grand spécialiste libanais du Proche et Moyen-Orient, constatait récemment que « les élites politiques locales échouent à édifier un État solide capable de répondre aux défis économiques et sociaux ».

Alors que le niveau de corruption reste une composante essentielle dans un pays en crise , le rapprochement de la Chine avec le Liban à travers plusieurs projets d’investissements et le développement de zones économiques spéciales potentielles (port de Tripoli, reconstruction du port de Beyrouth voie ferroviaire, agriculture…) ne fera qu’accentuer le décrochage entre le peuple et les élites. Parmi lesquelles et d’entre toutes, les élites francophones tiraillées entre leur attrait pour l’Occident et ce nouvel appel de l’Orient.

Sur le web
The Conversation

  1. Enseignant-chercheur – Ecole navale, Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
  2. Spécialiste de l’histoire politique et culturelle de la Chine contemporaine, Institut Catholique de Paris.
  • Co chevron_right

    Comment est né le mouvement libertarien ? (1)

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 15 November - 04:25 · 11 minutes

mouvement libertarien

Par Fabrice Copeau.

Durant les années 1960, le mouvement libertarien est marqué par un rejet de l’impérialisme conservateur, la condamnation de la violation des principes libéraux et le refus de la confusion du droit et de la morale religieuse.

À travers l’héritage des trois traditions anti-étatistes américaines classiques (Old Right, isolationnisme, libéralisme classique), une avant-garde libertarienne, au début coupée de ses partisans, émerge et quitte le Grand Old Party.

À partir du début des années 1950, les nouveaux conservateurs 1 dotent la droite américaine d’une idéologie englobante qui lui fait défaut. Des revues comme Modern Age et la National Review en sont le fer de lance. La seconde, fondée par William Buckley, est le véritable centre de gravité de ce nouveau traditionalisme.

La résistance du libertarianisme : une synthèse réactive

Dans le cadre de la lutte contre le communisme et l’URSS, Buckley distingue clairement entre ce qu’il appelle les « conservateurs de l’endiguement » et les « conservateurs de la libération », pour finalement prendre position en faveur des seconds.

Une querelle l’oppose ainsi au libertarien Chodorov, pour qui la guerre a créé une dette colossale, entraînant une augmentation continuelle des impôts, la conscription militaire et un accroissement de la bureaucratie. C’est la revue The Freeman qui abrite ces échanges musclés.

« Pendant la guerre , écrit Chodorov, l’État acquiert toujours du pouvoir au détriment de la liberté » . Schlamm lui répond dans la livraison suivante de la revue que la menace soviétique est telle qu’elle ne saurait être contenue par l’indifférence.

Ce à quoi Chodorov répond, toujours dans le Freeman , qu’il n’est pas convaincu « de la capacité du gang de Moscou à envahir le monde » . « La suggestion que la dictature américaine serait « temporaire » , ajoute-t-il, rend suspect l’ensemble de l’argument, car aucune dictature ne s’est jamais donné de limite dans la durée de son office » . La guerre, termine-t-il, « quels que soient les résultats militaires, est certaine de rendre notre pays communiste » .

Une deuxième ligne de rupture est constituée par la politique économique. Au début des années cinquante, la crainte de voir les nouveaux conservateurs sacrifier les dogmes du libéralisme classique à la satisfaction d’un impérialisme messianique catalyse les premières réactions libertariennes.

C’est du reste à cette occasion que Dean Russell invente le mot même de « libertarien ».

L’émergence d’un double leadership

Depuis le début des années 1950, Murray Rothbard trace les contours de la doctrine libertarienne à travers différents articles, en prenant presque systématiquement comme repoussoir les principes conservateurs.

Toujours dans The Freeman , Schlamm doit en découdre avec Rothbard cette fois, qui avait présenté la célèbre thèse de Mises selon laquelle le communisme s’effondrerait de lui-même et qu’il n’était pas besoin de gaspiller des efforts inutiles pour faire advenir une chute imminente.

Schlamm s’en prend pour la première fois nommément aux « libertariens », qui, selon lui, « ont raison en tant qu’économistes, mais fatalement tort comme théologiens : ils ne voient pas que le diable est réel et qu’il est toujours là pour satisfaire la soif insatiable des hommes pour le pouvoir » .

À l’élection présidentielle de 1956, Rothbard soutint le candidat indépendant T.C. Andrews, tout en précisant que parmi les deux principaux candidats, le républicain D. Eisenhower et le démocrate A. Stevenson, le second lui paraissait préférable.

Pour la première fois, le mouvement libertarien se positionne donc à gauche de l’échiquier politique. Cela a marqué une rupture intellectuelle avec le mouvement conservateur, en attendant la rupture organisationnelle.

Ayn Rand joue également, durant cette période, un rôle déterminant dans les préparatifs à la constitution du mouvement libertarien. Le cercle de ses adeptes, qui se réunit dans le salon de la romancière, s’agrandit sans cesse, et écoute l’initiatrice lire les épreuves de son nouveau roman, Atlas Shrugged .

Parmi eux 2 , le futur président de la Fed, Alan Greenspan, est des plus assidus, tout comme Barbara et Nathaniel Branden.

Comme dans La source vive , son précédent roman, on trouve dans Atlas Shrugged une opposition manichéenne entre des créateurs égoïstes et des parasites étatistes. Parmi les premiers, Dagny Taggart et Hank Rearden sont les principaux protagonistes du roman. Respectivement directrice d’une compagnie ferroviaire et magnat de l’acier, ils s’efforcent l’un et l’autre de résister tant bien que mal aux ingérences du gouvernement et de faire vivre leurs affaires dans le contexte d’une crise sans précédent.

À mesure que l’État se montre de plus en plus intrusif dans l’économie, les membres du cercle très fermé des créateurs égoïstes disparaissent un à un. On apprend au milieu du roman qu’ils se sont tous réunis dans les montagnes du Colorado, au sein d’une communauté capitaliste utopique, appelée Galt’s Gulch, le « ravin de Galt ». John Galt , dont la recherche de l’identité est martelée tout au long du roman par la question « Who is John Galt ? », est un ingénieur surdoué à l’initiative de la grève.

Inventeur d’un moteur révolutionnaire alimenté à l’énergie statique, il refuse d’en offrir l’usage à la masse ignorante. « Les victimes sont en grève […] Nous sommes en grève contre ceux qui croient qu’un homme doit exister dans l’intérêt d’un autre. Nous sommes en grève contre la moralité des cannibales, qu’ils pratiquent le corps ou sur l’esprit. »

Hank Rearden et Dagny Taggart sont tellement attachés à leurs propres commerces qu’ils déclinent toutes les sollicitations de John Galt. Mais la retraite des principaux acteurs de l’économie rend leur situation de plus en plus insupportable. La société américaine traverse des crises de plus en plus préoccupantes, et imputées conjointement aux ingérences des gouvernants et à la forfaiture des créateurs.

La fin du roman décrit avec emphase une situation apocalyptique. Les hommes d’État, désœuvrés, reprennent tour à tour l’aphorisme éculé de Keynes : « Dans le long terme, nous sommes tous morts. »

John Galt interrompt soudainement les programmes radiophoniques pour expliquer les causes du déclin. Son discours, comparable à celui de Howard Roark lors de son procès, tient lieu de prolégomènes à la philosophie objectiviste randienne. Galt commence par énumérer les perversions morales sous-tendant l’étatisme ambiant.

De là le dédain de la masse pour les créateurs égoïstes qui lui apportaient pourtant la plus grande richesse. À la fin, John Galt annonce leur retour à la condition que l’État se retire. Les hommes du gouvernement abdiquent. Ainsi s’achève le roman : « La voie est libre, dit John Galt, nous voici de retour au monde. Il leva la main puis, sur la terre immaculée, traça le signe du dollar. »

Atlas Shrugged a été désigné comme le deuxième livre le plus influent pour les Américains, juste après la bible, par la Library of Congress en 1991.

À peine eut-il lu le livre que Murray Rothbard adressa à Ayn Rand une lettre élogieuse dans laquelle il alla jusqu’à reconnaître avoir auprès d’elle une dette intellectuelle majeure.

Rand accueillit chez elle les membres du Cercle Bastiat, et en particulier Rothbard. Le rapprochement fut cependant de courte durée. Pour soigner sa phobie des voyages, Rothbard fit appel aux services de Nathaniel Branden, qui diagnostiqua qu’il avait fait un « choix irrationnel d’épouse ».

Rand et Branden invitèrent donc Rothbard à quitter sa femme, et lui offrirent leurs services matrimoniaux pour lui substituer une compagnie plus conforme aux canons randiens.

Rothbard déclina l’invitation, ce qui mit Rand dans une rage folle ; elle orchestra un procès en excommunication contre Rothbard, ce qui marqua la fin définitive de leur collaboration.

Les ténors libertariens exclus des instances conservatrices

Les conservateurs s’employèrent alors à écarter l’avant-garde libertarienne sans toutefois rejeter le mot « libertarien ». Pour faire profiter les militants de ce que la pensée libertarienne était susceptible d’apporter, sans toutefois lui permettre de s’exprimer et de corrompre leurs propres idéaux, les conservateurs ont ainsi œuvré pour priver les principaux leaders libertariens d’expression, en les écartant de la National Review .

Bien que seul représentant des libertariens parmi les contributeurs de la National Review , Chodorov se désolidarisa rapidement des positions prises par la revue. Dès 1956, celle-ci commença à refuser des articles contestant la légitimité et l’utilité d’une intervention des États-Unis à l’extérieur.

Rothbard contribua quelques années encore à contribuer à cette revue, mais, comme Justin Raimondo l’explique 3 , les idées économiques exposées par Rothbard étaient purement ornementales, et promettaient de disparaître à la première occasion.

En 1959, il soumit à la revue conservatrice un article dans lequel il préconisa un désarmement nucléaire mutuel pour mettre un terme à la guerre froide. Le refus, pourtant attendu, de Buckley de publier l’article marqua définitivement la fin de leur impossible collaboration.

L’exclusion la plus retentissante du mouvement conservateur reste toutefois celle d’Ayn Rand. La condamnation virulente d’ Atlas Shrugged par les éminences du nouveau conservatisme la conduisit à prendre ses distances d’avec le mouvement conservateur en voie d’institutionnalisation.

Whittaker Chambers va jusqu’à qualifier la perspective de Rand de « totalitaire » en comparant cette dernière au dictateur omniscient du roman de Orwell. Par ailleurs, Rand condamnait sans préavis toute forme de religion. Pour Buckley et les nouveaux conservateurs, un athéisme aussi agressif ne pouvait faire bon ménage avec la composante traditionaliste et religieuse de la coalition en formation.

Rand présenta même une critique structurée du nouveau conservatisme, en dénonçant ce qu’elle identifiait comme ses trois piliers : la religion, la tradition et la dépravation humaine.

Comme elle le dit : « Aujourd’hui, il n’y a plus rien à conserver : la philosophie politique établie, l’orthodoxie intellectuelle et le statu quo sont le collectivisme. Ceux qui rejettent toutes les prémisses du collectivisme sont des radicaux. » 4

À leur corps défendant, les conservateurs se brouillent aussi avec des auteurs qu’ils auraient pourtant aimé conserver dans leur giron. C’est tout particulièrement vrai de Friedrich Hayek. Dans un article célèbre, intitulé « Pourquoi je ne suis pas conservateur » 5 , il regrette que le contexte de l’époque associe les libéraux aux conservateurs.

Il congédie l’axe gauche-droite qui insinue que le libéralisme se trouverait à mi-chemin entre le conservatisme et le socialisme, et propose de lui substituer une disposition « en triangle, dont les conservateurs occuperaient l’un des angles, les socialistes tireraient vers un deuxième et les libéraux vers un troisième ».

La « peur du changement », typique de la pensée conservatrice, se traduit chez eux par un refus de laisser se déployer librement les forces d’ajustement spontanées, et par un désir de contrôler l’ensemble du fonctionnement de la société. De là « la complaisance typique du conservateur vis-à-vis de l’action de l’autorité établie » .

« Comme le socialiste, le conservateur se considère autorisé à imposer aux autres par la force les valeurs auxquelles il adhère. » L’un comme l’autre se révèlent ainsi incapables de croire en des valeurs qu’ils ne projettent pas d’imposer aux autres. « Les conservateurs s’opposent habituellement aux mesures collectivistes et dirigistes ; mais dans le même temps, ils sont en général protectionnistes, et ont fréquemment appuyé des mesures socialistes dans le secteur agricole. »

Hayek condamne aussi l’impérialisme conservateur, emprunt d’un nationalisme et d’un autoritarisme des plus délétères.

Enfin, il convient de noter qu’Hayek ne rejette pas le terme « libertarien », comme on le lit souvent. Il lui reproche simplement son irrévérence à l’endroit d’une tradition qu’il entend pourtant perpétuer, mais ne rejette en rien ce qu’il recouvre, et encore moins l’inspiration qui l’a fait naître. Toutes ces ruptures intellectuelles ne font que précéder la rupture partisane, qui ne tarda pas à intervenir.

Article initialement publié en décembre 2010.

  1. Il convient de distinguer ces nouveaux conservateurs des néoconservateurs. Ces derniers interviendront un peu plus tard, à la fin des années 1960 autour de journaux comme Public Interest et Commentary , et derrière des personnalités comme Daniel Bell, Irving Kristol, Patrick Moynihan et Norman Podhorez. Pour simplifier, on peut décrire les nouveaux conservateurs comme des traditionnalistes anticommunistes, qui se réfèrent à l’histoire et s’autorisent de Burke ; les néoconservateurs comme d’anciens démocrates hostiles à l’évolution progressiste de la gauche, ayant pour code le droit naturel et se réclamant de Tocqueville. Les deux mouvements conservateurs se coalisèrent dans les années 1970 pour préparer la victoire de Reagan en 1980.
  2. Le groupe se baptise ironiquement The Collective.
  3. Justin Raimondo, Reclaiming the American Right , p. 189.
  4. A. Rand, « Conservatism : An Obituary » (1960), in Capitalism : The Unknown Ideal , New York, Signet, 1967, p. 197.
  5. F. A. Hayek, « Pourquoi je ne suis pas conservateur », in La Constitution de la liberté , 1960.
  • Co chevron_right

    Érasme, défenseur de la tolérance et de la paix – Les Héros du progrès (43)

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 15 November - 04:20 · 10 minutes

Érasme

Par Alexander C. R. Hammond.
Un article de HumanProgress

Voici le quarante-troisième épisode d’une série d’articles intitulée « Les Héros du progrès ». Cette rubrique est une courte présentation des héros qui ont apporté une contribution extraordinaire au bien-être de l’humanité.

Notre héros de la semaine est Didier Érasme (Desiderius Erasmus), philosophe du XVIe siècle unanimement considéré comme l’un des plus grands savants de la Renaissance nordique.

Pendant la Réforme protestante, où les persécutions religieuses étaient monnaie courante en Europe, Érasme a été le premier défenseur de la tolérance religieuse et de la paix.

Selon l’historien James Powell, toute sa vie, le philosophe « a défendu la raison contre la superstition, la tolérance contre la persécution, et la paix contre la guerre… [et a contribué à établir] l es fondements intellectuels de la liberté dans le monde moderne ».

Desiderius Erasmus Roterodamus est né le 28 octobre 1466 à Rotterdam, aux Pays-Bas. On ne connaît pas l’année exacte de sa naissance mais la plupart des historiens s’accordent sur 1466.

Il est le second fils illégitime de Roger Gérard, un prêtre catholique, et de Margaretha Rogerius. On sait peu de choses sur sa mère si ce n’est qu’elle était peut-être la servante de son père.

Il fréquente plusieurs écoles monastiques et à l’âge de neuf ans, il est envoyé à Deventer, dans l’une des plus prestigieuses écoles latines des Pays-Bas.

Pendant son enfance, il assiste à de nombreuses scènes de violences religieuses. Il a à peine huit ans quand il voit plus de 200 prisonniers de guerre écartelés sur des chevalets sous les ordres d’un évêque local. Cette exposition précoce à la violence inspirée par la religion va influencer sans aucun doute ses futures convictions.

Durant son séjour à Deventer, il commence à mépriser les règles rigoureuses et les méthodes strictes utilisées par ses éducateurs religieux. Il écrira plus tard que le but d’une discipline implacable était d’enseigner l’humilité en brisant l’esprit d’un garçon.

Son éducation à Deventer prend fin en 1483 quand ses parents meurent de la peste bubonique.

Vers 1485, Érasme et son frère, vivant dans une extrême pauvreté et désespérés, entrent dans des monastères.

Il devient alors chanoine régulier du monastère de Saint-Augustin, dans le petit village hollandais de Stein. Pendant les sept années qu’il y passe, il occupe le plus clair de son temps à la bibliothèque à étudier la philosophie.

Il s’intéresse particulièrement aux œuvres de différents penseurs romains dont Cicéron. Lorsque ses supérieurs cessent de soutenir ses études classiques, il commence à avoir de plus en plus envie de quitter le monastère.

Ordonné prêtre catholique en avril 1492, Érasme part alors pour devenir secrétaire de l’évêque de Cambrai qui avait eu vent de ses compétences en latin.

En 1495, il commence à étudier la théologie à l’université de Paris mais il en vient à développer une aversion pour son régime quasi-monastique.

Afin de financer la poursuite de ses études, il commence à enseigner ; l’un de ses élèves, Sir William Blount, l’invite en Angleterre en 1499.

Son séjour là-bas se révèle fructueux. Il s’y lie d’amitié avec des intellectuels en vue et enseigne à l’université d’Oxford. Au cours des 15 années suivantes, il vit et voyage en France, en Angleterre, en Belgique et à Bâle.

En 1509, il obtient un doctorat en théologie à l’université de Turin, et de 1509 à 1514, travaille à celle de Cambridge. Cependant, souvent en mauvaise santé, il se plaint que Cambridge n’arrive pas à lui procurer de vin correct, à l’époque, le médicament utilisé contre les calculs biliaires dont il est affecté.

En 1500, il compile et traduit 818 proverbes latins et grecs sous la forme d’un volume intitulé Collectanea Adagiorum . La publication de cet ouvrage est le premier de ses multiples travaux destinés à mettre fin au monopole de l’Église sur l’érudition.

Tout au long de sa vie, Érasme n’aura de cesse de compléter ce livre. Au moment de sa mort, en 1536, on y compte plus de 4151 entrées. On doit à sa traduction beaucoup d’expressions d’usage courant aujourd’hui comme « une chose à la fois », « en tête à tête » et « la nuit porte conseil ».

À la faveur des ré-éditions d’ Adages (ainsi que serai connue plus tard cette œuvre), il ajoute davantage de commentaires plaidant contre la violence des dirigeants ainsi que des prédicateurs soutenant les guerres dans leur intérêt propre.

Dans un passage, il note « Ne voyons-nous pas que de nobles cités sont fondées par le peuple, et détruites par les princes ? … que les bonnes lois sont faites par les magistrats plébéiens, et violées par les princes ? Que le peuple aime la paix, et que les princes excitent la guerre ? »

En 1513, à la suite de la mort du « pape soldat » Jules II, Erasme écrit une courte satire où il dénonce sa violence, sous-entendant qu’il n’irait pas au paradis, ayant trop guerroyé plutôt que lu les Évangiles.

En 1514, il publie Familiarium colloquiorum formulae , auquel on fait souvent référence sous le titre de Colloques .

Il y tourne en ridicule les ecclésiastiques avides, les rituels qu’il considère sans objet et déclare le mariage préférable au célibat.

Les autorités de France, d’Espagne, des Pays-Bas, d’Autriche et d’une grande partie de l’Italie décrètent que quiconque possède une copie de Colloques pourrait être exécuté. Malgré la sévérité de ces lois, plus de 24 000 exemplaires du livre sont  vendus de son vivant. Selon John Dalberg-Acton, un historien italien du XIXe siècle, c’était « l’ouvrage le plus populaire de son époque ».

Dans une édition ultérieure d’ Adages publiée en 1515, Érasme s’attaque à la formation des prêtres et y avance qu’ils devraient être formés à la « philosophie du Christ » plutôt qu’à différents domaines scolaires. Il déclarera par la suite que « si on prêchait réellement les Évangiles, cela épargnerait au peuple chrétien de nombreuses guerres ».

En 1516, en raison de toutes les erreurs de traduction de la Vulgate, l’édition officielle latine de la Bible, il reprend des manuscrits grecs pour produire une nouvelle traduction plus précise du Nouveau Testament.

Ses travaux inspirent beaucoup d’autres à faire de même dans d’autres langues ; en l’espace de 20 ans, ce sont des versions allemande, anglaise, hongroise et espagnole qui voient le jour. Très peu de personnes lisent le latin, de ce fait ces nouvelles traductions rendent la Bible plus accessible partout en Europe.

Il n’est plus nécessaire de se reposer sur l’interprétation de la Bible en latin par un prêtre, on peut s’instruire soi-même sur sa religion.

Les années suivantes, il publiera une série d’ouvrages en faveur de la paix, expliquant que le salut n’est pas atteint par des rituels religieux mais en cultivant foi et bonté.

Contrairement à beaucoup de penseurs de son époque, il s’est aussi opposé au colonialisme et a soutenu une « monarchie limitée, contrôlée, et réduite par une aristocratie et par la démocratie ».

Pendant la Réforme protestante, il se considère comme impartial, critiquant à la fois la hiérarchie de l’Église catholique et les Réformateurs protestants. Il reste catholique et se consacre à réformer l’église de l’intérieur.

Tout au long de sa vie, Erasme s’est beaucoup querellé avec Martin Luther, figure protestante principale de l’époque. Selon lui, Luther est un ennemi de la liberté, du côté des autorités tyranniques plutôt que de celui du peuple.

À la fin de sa vie, il avertit que des guerres de religion pourraient bientôt éclater en Europe. Dans l’un de ses derniers ouvrages, De l’aimable concorde de l’église , il lance un dernier appel aux catholiques et aux protestants pour qu’ils « se tolèrent les uns les autres ». Il meurt dans la douleur le 11 juillet 1536 à Bâle après une lutte de trois semaines contre la dysenterie. Il est inhumé dans la cathédrale de Bâle.

Hélas pour les Européens, ses prédictions à propos des guerres de religion imminentes se sont réalisées, et les décennies qui ont suivi sa mort ont vu l’Europe  entraînée dans des violences religieuses faisant des centaines de milliers de morts parmi les catholiques et les protestants.

Néanmoins, quelques siècles après sa disparition, les philosophes des Lumières ont redécouvert son œuvre. L’encyclopédiste Denis Diderot, a ainsi écrit : « Nous lui sommes redevables principalement de la renaissance des sciences, de la critique et de l’attrait pour l’antiquité ».

Tout au long de sa vie, il s’est vu offrir des postes prestigieux dans des institutions académiques partout en Europe, mais il les a tous refusés, préférant mener une vie d’universitaire indépendant consacrée à l’écriture, dans le but de faire progresser la société. Bien que son œuvre n’ait pu empêcher les guerres de religions, elle a continué d’avoir une énorme influence sur les idées de rationalité, de paix et de liberté à l’époque des Lumières.

On reconnaît souvent qu’il a été la figure la plus influente de la Renaissance nordique, et le premier défenseur moderne de la tolérance et de la paix. Pour ces raisons, Didier Érasme est notre quarante-troisième héros du progrès.

Les Héros du progrès, c’est aussi :

Traduction par Joel Sagnes pour Contrepoints de Heroes of Progress, Pt. 43: Desiderius Erasmus

  • Co chevron_right

    L’Organisation internationale de la Francophonie à la croisée des chemins

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Sunday, 15 November - 04:15 · 6 minutes

francophonie

Par Isidore Kwandja Ngembo.

Depuis l’arrivée de Louise Mushikiwabo , l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) vit des changements à la fois brutaux et radicaux qui ont des incidences considérables et affectent tant les ressources humaines que la mémoire organisationnelle, ainsi que les finances de l’organisation.

Point n’est besoin de rappeler ici le grand coup de balai sous le tapis de l’organisation qui a vu partir brutalement plusieurs directeurs alors que leurs contrats de travail étaient encore valides. La purge ne s’est arrêtée qu’au personnel de direction nommé par l’administration précédente.

Les numéros deux et trois de l’organisation en ont fait également les frais. Le directeur de cabinet Nicolas Groper tout comme l’administratrice de l’OIF Catherine Cano, nommés début 2019 pour une durée de quatre ans, ont démissionné successivement en novembre 2019 et octobre 2020, en raison des grandes divergences de vues qui subsistent en ce qui concerne le mode de gestion ainsi que la culture organisationnelle.

Alors que Mme Cano était supposée venir redresser l’« opacité », le « manque de transparence », la « mauvaise gestion » de l’administration précédente, que s’est-il réellement passé pour qu’elle démissionne en catastrophe en moins de deux ans seulement ?

Pendant ce temps, la Secrétaire générale poursuit assidûment ses efforts de réforme interne, dit-elle, « pour dynamiser et rendre plus agile l’OIF, afin qu’elle puisse pleinement remplir sa mission et servir au mieux les populations de l’espace francophone, ainsi que ses États et gouvernements membres. »

Le Plan d’organisation de l’OIF pour la période 2020-2022, qui a été envoyé la semaine dernière aux Représentants personnels des chefs d’État et de gouvernement lors de la 112e session du Conseil permanent de la Francophonie (CPF) qui s’est tenue par vidéoconférence les 4 et 5 novembre derniers, au cours de laquelle on leur a demandé de l’adopter le même jour, prévoit « des recrutements, des mutations, des redéfinitions de fonctions, des non-renouvellements d’engagements de durée déterminée, des suppressions de fonctions rendues vacantes par le départ à la retraite de leurs titulaires, des suppressions d’emplois et des résiliations d’engagements. »

Mais cette fois-ci, la vague de licenciements touche les fonctionnaires nommés pour une durée indéterminée. Les échos portés par le vent qui nous parviennent de Paris à propos des changements qui s’opèrent et leur impact éventuel sur les finances de l’organisation sont très inquiétants.

Aussitôt que l’adoption du Plan d’organisation 2020-2022 a été approuvée, un jour après, le vendredi 6 novembre, une vingtaine de personnes, au siège et dans les représentations extérieures, ont été appelées au téléphone pour un rendez-vous le lundi suivant, pour se voir remettre la lettre de licenciement, ce qui ne s’est jamais vu dans toute l’histoire de l’OIF. Le Comité de personnel censé défendre les intérêts du personnel n’a été informé de cette décision que ce même lundi 9 novembre dans la matinée.

Un fait curieux à souligner, au même moment où des secrétaires sont licenciées, une nouvelle secrétaire recrutée de l’extérieur a pris fonction cette semaine à la Direction de l’administration et des finances (DAF) dont la personne qui assure les fonctions de secrétaire fait partie de la liste des personnes licenciées.

« La démission surprise, le 16 octobre 2020, de la Canadienne, Catherine Cano, de son poste d’administratrice de l’OIF, révèle une crise qui est beaucoup plus profonde qu’un simple problème relationnel. Venant d’apprendre le licenciement d’une vingtaine de membres du personnel de l’organisation, je ne peux que déplorer et avoir une pensée particulière pour chacun d’entre eux. Après 32 ans au sein de l’organisation (dont 10 années en assurant le greffe de la Commission de Recours qui est son tribunal administratif) au cours desquelles j’ai connu des vagues de licenciements, je suis encore et resterai toujours révoltée » , dixit Régine Lefèvre, ex-fonctionnaire de l’OIF.

En lisant la sonnette d’alarme ci-dessous tirée par madame Régine Lefèvre qui a travaillé pendant 32 ans pour l’OIF, on mesure bien le degré de déception de la marche actuelle de l’OIF, cinquante ans après .

En tant qu’observateur avisé qui suit attentivement depuis plusieurs années le fonctionnement de l’OIF, je partage entièrement le point de vue de madame Régine Lefèvre qui croit à une crise beaucoup plus profonde qu’un simple problème relationnel.

En effet, je suis persuadé que l’administratrice n’a pas démissionné, mais a été sommée de présenter sa démission. Si tel est le cas, est-il possible que Mme Cano ait quelques squelettes dans son placard qui, une fois dévoilés, risqueraient de mettre en cause la Secrétaire générale ? Sinon, comment expliquer la virulence avec laquelle la porte-parole de la Secrétaire générale s’en prenait à la démissionnaire ?

Toute chose étant égale par ailleurs, nous sommes de ceux qui pensent que pour assurer le bon fonctionnement futur de l’Organisation, il est absolument nécessaire pour le Canada de faire toute la lumière sur le motif réel de ce départ précipité que personne n’a vu venir et de connaître ce qui s’est réellement passé pour qu’on en arrive là, avant d’envisager la nomination d’un nouvel administrateur.

De mémoire récente, l’actuelle Secrétaire générale de la Francophonie a obtenu des États et gouvernements membres, une plus grande flexibilité en matière d’embauche qu’aucun autre avant elle n’avait obtenu. C’est ainsi qu’elle avait procédé, en septembre dernier, à la nomination de sept nouveaux directeurs dans les Représentations permanentes et directions régionales, sans lancer d’appel d’offres et sans concours en vertu du Statut du personnel de l’OIF.

Toutefois, comme cela a été le cas pour plusieurs autres fonctionnaires ayant obtenu des dommages-intérêts pour les préjudices subis, il y a fort à parier sans doute que les fonctionnaires qui viennent d’être remerciés brutalement, alors que nombreux d’entre eux avaient des contrats à durée indéterminés, vont également recourir aux instances judiciaires appropriées pour faire prévaloir leurs droits et obtenir gain de cause.

Alors que l’OIF assiste impuissante à une diminution persistante des contributions volontaires à l’appui de ses activités et que certains États et gouvernements membres ne paient pas leurs contributions dans le délai requis, pour faire face aux défis auxquels sont confrontés les programmes sur le terrain, il y a lieu de craindre sérieusement que le règlement de tous ces litiges coûteux vienne aggraver davantage la situation financière de l’organisation déjà précaire.