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      Droit de grève contre droit de vivre démocratiquement

      ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 16 February, 2023 - 07:57 · 4 minutes

    Rappelons tout d’abord les limites au droit de grève .

    Elles sont au nombre de trois :

    1. En cas d’atteinte à l’ ordre public .
    2. En cas de nécessité absolue d’assurer le respect du service minimum.
    3. En cas de nécessité absolue d’assurer la sécurité.

    La grève CGT qui bloque le pays n’en respecte aucune.

    Atteinte à l’ordre public

    La CGT est coutumière de blocages en tout genre afin de conserver ses privilèges ou dans le simple but de semer la zizanie dans le pays. Elle le fait en connaissance de cause.

    En effet, le trouble à l’ordre public est constaté s’il provoque un danger ou une restriction des libertés des autres citoyens.

    Oui il y a bien danger lorsque l’ensemble du territoire est en passe de pénurie importante de carburant, le principal étant l’incapacité des services de sécurité (police, pompiers ambulances) de faire correctement leur travail, et de mettre la population en danger potentiel.

    L’ordre public est également menacé par la réaction d’automobilistes qui s’échauffent après avoir attendu des heures pour faire le plein… et pour constater que les cuves sont vides.

    La CGT ne respecte donc pas cette limite !

    Respect du service minimum

    Le service minimum est l’obligation faite aux salariés et entreprises, en particulier de services publics et notamment de transport en commun, d’assurer un service minimum, en toute circonstance et en particulier en temps de grève. Cette disposition limite le droit de grève !

    Le service minimum, qui consiste tout simplement à ouvrir une vanne (travail qui sera demandé aux employés réquisitionnés) n’est donc pas une opposition au droit de grève du reste de l’équipe.

    La CGT ne respecte pas non plus cette limite !

    Nécessité absolue d’assurer la sécurité

    Beaucoup de groupes électrogènes de sécurité s’approvisionnent en carburant provenant des raffineries, directement pour les gros groupes, auprès des stations-services pour les plus petits.

    Une rupture d’approvisionnement, surtout en cette période de pénurie énergétique, peut donc avoir des conséquences graves dans les hôpitaux, certaines entreprises et jusqu’aux groupes de secours en centrale nucléaire.

    Seul donc un réseau national de stations-service pourra garantir un approvisionnement dans tout le pays.

    Là encore la CGT ne respecte pas cette limite !

    Réquisition légale

    L’État est donc en droit de réquisitionner du personnel pour rouvrir les vannes et il l’a déjà fait sous la gouvernance de Nicolas Sarkozy en 2010. Ce n’est pas une atteinte au droit de grève.

    Le problème ne semble se poser qu’en France où une minorité de syndicalistes s’octroient le droit de bloquer un pays pour leur seul intérêt pécunier, non pertinent dans ces entreprises .

    Utiliser cette prise en otage des Français par la CGT, principalement dans le but de mobiliser leurs troupes pour les prochaines élections, doit être considéré comme un détournement du droit de grève.

    Il est inadmissible et irresponsable que dans la difficile période traversée avec la crise liée au covid, la guerre en Ukraine et l’inflation, la CGT se désintéresse de l’intérêt général, de ceux qui triment pour gagner leur vie et qu’elle prend en otage.

    Une aberration économique

    Hormis l’entrave occasionnée au détriment d’une majorité de Français, il faut dénoncer également les exigences anti-économiques de la CGT.

    Certes, Total a engrangé cette année de gros bénéfices. Mais avec 5,7 milliards de dollars au deuxième trimestre 2022 l’entreprise est loin de ses concurrents directs : 11,5 milliards de dollars pour Schell , 11,6 milliards de dollars pour Chevron et 17,9 milliards de dollars pour Exxon .

    Réclamer une augmentation de salaire nettement supérieure à l’inflation entrainera non seulement automatiquement une boucle salaire/inflation, mais pourrait aussi placer Total en mauvaise posture lorsque le marché se retournera. L’entreprise serait ainsi une proie pour un de ses concurrents étrangers…Vous aurez tout gagné monsieur Martinez.

    La solution passe donc par une augmentation des dividendes , directement liée au résultat de l’entreprise.

    Sur les 15 % d’actionnaires français de Total les salariés en possèdent plus de la moitié, soit 8 %.

    Par ailleurs, Total a fait un effort considérable en réduisant de 20 centimes supplémentaires le litre de carburant dans ses stations Total. Les grévistes voudraient donc se les attribuer à eux seuls, belle démonstration de solidarité !

    La CGT c’est le parti communiste

    Ce même parti communiste, longtemps à la botte des Soviétiques, n’aurait-il pas conservé ses mauvaises habitudes et en voulant organiser le chaos en France, faire en même temps le jeu de Poutine ? On est en droit de se poser la question .

    La CGT des centrales nucléaires se joint solidairement au mouvement en ralentissant l’entretien de certaines centrales, dans le but presque avoué de déclencher une augmentation de la pénurie et donc un mouvement syndical national qui ne peut que nuire à une France déjà au bord du gouffre.

    La solution

    La CGT s’est mise en dehors de la légalité. L’État a le droit de réquisitionner des salariés pour seulement ouvrir des vannes.

    En même temps, il serait en droit de supprimer purement et simplement le financement à tout syndicat non respectueux de la loi. J’applaudirais des deux mains car je ne supporte pas de financer par mes impôts ce genre de dérive syndicaliste.

    Article publié initialement le 14 octobre 2022 .

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      Retraites : quelques motivations à l’opposition au report de l’âge légal

      ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Wednesday, 1 February, 2023 - 04:30 · 15 minutes

    Avec un taux de syndicalisation de 10,8 % déclaré en 2022 , et même si tous les syndicats sont d’accord, ces derniers ne pèsent objectivement pas bien lourd. C’est probablement sur ce constat que compte le gouvernement pour faire passer sa énième tentative de stabilisation financière du régime des retraites en France.

    Il est vrai que l’examen de la pyramide des âges, de l’espérance de vie et du taux de natalité en France n’incite pas à l’optimisme quant à la survie du régime actuel des retraites . Point n’est besoin de consulter le COR ou tout autre institut pour constater que le rapport entre le nombre de personnes à la retraite et le nombre de personnes en activité augmente et continuera à le faire, ce qui en régime de répartition entraîne mathématiquement soit une diminution des pensions, soit une augmentation des cotisations. À moins qu’on s’accorde sur la décision de déplacer l’âge où l’on passe de la période d’activité à celle de la retraite. Il ne devrait d’ailleurs même pas y avoir de débat sur le sujet tant l’évidence saute aux yeux. D’ailleurs, la plupart des pays qui nous entourent ont largement remonté cet âge et poursuivent cette tendance sans qu’apparemment les salariés de ces pays ne s’opposent avec détermination à cette mesure de bon sens, comme cela se passe singulièrement en France.

    Alors, pourquoi chez nous cette opposition apparemment unanime et à vrai dire complètement surréaliste ?

    La réponse n’est pas la même suivant le clan qui s’y oppose.

    Les insoumis

    Ils sont par principe opposés à tout ce que propose le gouvernement. Ils voient tout d’abord dans l’opposition à cette mesure une occasion de déclencher la pagaille dans le pays, ce qui peut peut-être leur donner l’opportunité de prendre une partie du pouvoir, et/ou de le retirer à l’équipe actuelle. Ils sont de ce fait totalement imperméables au simple calcul démographique et d’ailleurs n’en ont rien à faire puisque leur objectif (la pagaille) est ailleurs. Ils ne changeront donc pas d’avis sur le sujet.

    Le Rassemblement national

    Il suit le même chemin que les Insoumis mais pour des raisons totalement contraires. En effet, ses dirigeants comptent probablement sur l’effet que produira la pagaille provoquée par la décision de remonter l’âge de la retraite pour récupérer les voix des électeurs qui désirent voir l’ordre et la discipline régner à nouveau.

    La CFDT

    Au départ, son secrétaire général Laurent Berger a vu l’opposition à l’augmentation de l’âge de départ en retraite une posture lui permettant de conforter sa position aux élections professionnelles. Devenue ensuite le premier syndicat de France, la CFDT a conservé cette revendication ressentie comme très porteuse pour ses adhérents, (surtout pour ceux qui ne s’intéressent pas à la démographie, mais plutôt à leurs conditions personnelles). Aujourd’hui, Laurent Berger ne peut de toutes façons plus se dédire. Il est même obligé de pousser en avant sa position, ce qui pourrait devenir un boulet lourd à porter selon l’évolution des choses…

    La CGT

    Elle considère que le raccourcissement du temps de travail est démontré par l’Histoire. En bonne marxiste, elle préfère s’appuyer sur l’idéologie plutôt que sur les conditions réelles. On peut penser qu’elle finira par s’écraser sur la réalité exactement comme l’a fait l’URSS en son temps.

    Le manifestant de base

    Ni syndiqué, ni encarté à aucun parti, il participe aux manifestations et ne réfléchit peut-être pas trop à l’évolution des conditions démographiques. Il pense que ce sont « les autres » qui paieront, et aussi que puisque le système a marché jusqu’à présent, il doit pouvoir continuer à le faire au moins pendant toute la durée de sa propre retraite. C’est une position somme toute très pragmatique, surtout si on se rapproche de l’âge en question et qui n’a peut-être pas été assez prise en compte par le Président…

    Cependant, tous les acteurs de la comédie des retraites ont aussi plusieurs autres raisons, dont certaines ne sont pas ouvertement exprimées, de s’opposer à la réforme telle qu’elle est présentée par le gouvernement. Voici quelques-unes de ces motivations, certaines ouvertement exprimées d’autres soigneusement gardées cachées.

    Augmenter la place de l’État

    Que se passe-t-il si les dépenses représentées par les pensions versées dépassent les recettes représentées par les cotisations ?

    Eh bien c’est l’État qui paie la différence en mettant en place, bien entendu, un nouvel emprunt. Or, c’est exactement ce que ces syndicats désirent : que les retraites soient rendues aussi indépendantes que possible des cotisations salariales et soient plutôt payées par l’impôt puisque c’est à cela qu’aboutit finalement le système de l’emprunt. Il ne faut donc surtout pas toucher à la situation actuelle de déficit permanent. L’ iFRAP constate d’ailleurs que si les employeurs publics cotisaient au même taux que les employeurs du privé comme ils devraient logiquement le faire, un besoin de financement résiduel de 30 milliards apparaîtrait qui devrait logiquement être couvert par une subvention d’équilibre bien identifiée. Ce chiffre est structurel et récurrent. Mais bien évidemment, pour les politiques au pouvoir il vaut mieux masquer ce déficit sous une couche bien épaisse de postes comptables mis en place pour la circonstance…

    La réaction unanime de la gauche qui soutient la revendication des syndicats n’a pas d’autre motivation que celle d’étendre encore un peu plus l’emprise de l’État sur l’économie.

    Se refaire une santé sur le dos du président

    C’est le calcul des syndicats et particulièrement de la CGT et de la CFDT.

    Pour ces deux syndicats, l’homme à abattre c’est Macron. S’ils arrivent à ruiner son deuxième quinquennat, voyez donc tout ce que ce succès peut représenter pour ces organisations qui représentent surtout elles-mêmes à l’heure actuelle, mais qui jouissent de fait d’un pouvoir aussi exorbitant qu’injustifié au vu de leur représentativité.

    Reconnaissons cependant que le premier round a été remporté haut la main par ces organisations qui n’espéraient sans doute pas autant de la première journée de manifestations.

    Maintenant, il s’agit de conclure et ce ne sera sans doute pas aussi facile : si le rapport des voix ne change pas, la réforme des retraites sera votée par les députés sans que le recours au 49-3 soit nécessaire. Mais si celui-ci change, par exemple si certains républicains changent d’avis à la suite de la manifestation de jeudi dernier, il pourrait ne pas y avoir suffisamment de voix pour que la réforme soit acceptée.

    Dans ce cas, seul l’article 49-3 permettrait au gouvernement de faire passer la loi sans aucun amendement. Ne resterait alors à l’opposition que le recours au Conseil constitutionnel.

    Tenir compte des « carrières longues »

    Un argument contre la réforme, apparemment d’ailleurs accepté par le gouvernement, est ce que la CFDT nomme la « prise en compte des carrières longues ».

    D’après cet argument, il serait normal qu’une personne ayant commencé à travailler tôt, disons à 16 ans, soit autorisée à prendre sa retraite plus tôt que celle qui a fait des études et a donc commencé plus tard à travailler. L’égalité consistant, toujours d’après cet argument, à rendre égaux pour tous les temps d’activité professionnelle considérés comme une contrainte à partager également.

    Analysons donc plus précisément le temps qui s’écoule entre le moment où la première personne commence à 16 ans à travailler et le moment où la seconde commence à son tour, à 23 ans.

    Pendant ces sept ans, la première est occupée à un travail rémunéré et la seconde généralement à faire ses études, lycée, puis fac ou prépa + école supérieure. Peut-on réellement considérer que la période d’études de la deuxième a été un paradis en comparaison de la même période mais de travail salarié, de la première ? Dans mes souvenirs, la période de la prépa a été celle où je me suis le plus arraché. J’ai connu plusieurs camarades qui ont lâché prise ou sont tombés malades à l’époque à cause de la pression excessive qu’ils ont eu à subir durant cette période. Connaissez-vous beaucoup de jeunes au travail qui tombent malades à cause de ce travail ? Remarquons au passage que d’après sa biographie , il semble que monsieur Berger n’ait pas connu lui-même dans ses études la période des concours…

    En réalité, cette différence dans le cours d’une vie, examinée au moment de la retraite, c’est-à-dire après une quarantaine d’années, n’a réellement plus aucune signification et ne peut donc être considérée comme un motif de retraite anticipée malgré l’apparente unanimité dont cette mesure semble bénéficier, ce qui prouve d’ailleurs que les tenants de celle-ci n’ont pas beaucoup réfléchi au problème…

    Tenir compte de l’« usure du corps »

    Les adversaires du report de l’âge de départ sous-entendent dans leur discours un autre argument.

    D’après elles mais sans que cela soit jamais clairement exprimé, les facultés physiques et mentales des travailleurs seraient plus ou moins affectées après soixante ans, justifiant la mise à la retraite à cet âge. Évidemment, cet argument ne peut être présenté directement car ce serait quelque part une insulte envers ceux qui se rapprochent de cet âge.

    Cependant, pour avoir traversé cette période il y a longtemps déjà, je peux assurer que l’usure du corps dont on parle, si elle commence en réalité bien plus tôt en ce qui concerne par exemple la vue, ne devient gênante pour certaines activités que bien plus tard, disons largement après 70 ans. Pour les activités plus intellectuelles, je dirais plutôt après 80 ans, et j’en veux pour preuve le présent article…

    En réalité et dans la grande majorité des cas, il existe donc une très large plage d’âge après l’âge actuel légal de départ en retraite pendant laquelle on peut continuer à travailler sans aucune difficulté. D’ailleurs, d’innombrables exemples, surtout parmi les professions libérales, viennent confirmer cette affirmation. Le problème vient plutôt du fait que ceux qui s’expriment sur la question de l’âge de départ, gouvernement compris, ont elles-mêmes, pour la plupart, un âge bien inférieur et sont donc sans expérience personnelle réelle.

    Par ailleurs, je ne conteste évidemment pas du tout l’usure provoquée par certains emplois comme le port de charges lourdes ou le travail de nuit mais j’entends qu’il s’agit d’un autre débat, non généralisable.

    Défendre le fonctionnariat

    Certains syndicats, et la CGT en particulier, exploitent pour leur compte l’inquiétude sourde de certains fonctionnaires ou assimilés qui voient progresser l’idée que certaines tâches dévolues à ce qu’on appelle le « service public » peuvent très bien être assurées avec succès par le privé.

    D’ailleurs, en faisant quelquefois appel au privé, le gouvernement essaye de s’affranchir de règles jugées par trop contraignantes comme par exemple à la SNCF l’impossibilité de faire assurer plusieurs tâches différentes par la même personne. L’ouverture à la concurrence du trafic ferroviaire voyageur et le succès sur la ligne Paris-Milan de Trenitalia est sûrement un exemple qui renforce cette inquiétude.

    Mais en réalité, ce que les syndicats veulent surtout défendre c’est tout simplement la sécurité de leur emploi de fonctionnaires.

    Défendre les « régimes spéciaux »

    Vous êtes-vous demandé pourquoi les employés du gaz et de l’électricité ainsi que les employés des raffineries étaient particulièrement en pointe dans la lutte contre la réforme des retraites ?

    C’est tout simple : il défendent bec et ongles leur « régime spécial ». Eh oui : ils ne sont pas fonctionnaires mais bénéficient d’un régime de retraite tout à fait équivalent. Par exemple, le montant de leur retraite est calculé sur leur salaire des six derniers mois et non pas sur les 25 meilleures années comme dans le reste du privé. Ces petits avantages font de ces heureux bénéficiaires des privilégiés très combatifs contre la réforme qui veut supprimer ces avantages.

    Pour remporter la victoire, le gouvernement a l’intention de faire jouer la « clause du grand-père » qui consiste précisément à n’appliquer la réforme qu’aux nouveaux entrants, ce qui signifie que l’application réelle de cette réforme n’aura lieu qu’au moment où les nouveaux entrants partiront à la retraite, soit dans plus de quarante ans…

    Donner du travail aux seniors

    On feint souvent de déplorer le chômage des seniors c’est-à-dire des personnes proches de la retraite. L’explication de cette situation particulière est simple.

    Sous l’influence très marquée du statut de l’emploi public , quel que soit son travail, le salaire augmente en fonction de l’âge. En effet, même sans aucune amélioration de la qualité de leur travail ou de leur expérience, les fonctionnaires, suivis en cela par certains des salariés des grandes entreprises, sont assurés d’une augmentation automatique de leur salaire dans le temps. Par ailleurs, on ne voit que très peu de salaires qui diminuent. Le résultat très négatif pour les seniors est que pour le même poste l’employeur préfère toujours un jeune, les salaires attendus par le futur employé pouvant aller du simple au double et même au-delà par le simple effet de l’application des conditions d’âge. Le phénomène est particulièrement marqué dans les grandes entreprises où les emplois sont souvent pourvus par mutation interne.

    Pour améliorer l’emploi des seniors, il suffirait de déconnecter les salaires de l’âge du salarié en supprimant les augmentations automatiques. Mais il s’agirait certainement d’une véritable révolution, et je veux bien parier qu’en France, les seniors continueront probablement encore longtemps à rechercher un emploi…

    Question subsidiaire

    Cette grève générale à laquelle la gauche rêve, est-elle licite ?

    En effet, la question ne semble pas avoir été débattue. Si on se réfère à la jurisprudence, le mouvement de grève ayant pour objet la manifestation de l’opposition à une réforme des retraites n’avait pas été jugée illicite au moment de la tentative d’Alain Juppé en 1995. Ce fait sert de base aux syndicats pour assurer que les mouvement de grève qui concernent la question sans doute très politique de l’âge du départ à la retraite seront considérés comme des grèves pour motif professionnel ; la grève pour motif politique étant en effet tout simplement illégale.

    Cependant, il existe de profondes différences entre la situation de 1995 et celle d’aujourd’hui, ce qui fait que les certitudes syndicales ne sont peut-être pas aussi solides que ça.

    En conclusion

    Il me semble qu’une question simple comme : « acceptez-vous de travailler un peu plus longtemps (deux ans sur 40) afin que pendant les dix prochaines années vos cotisations retraite ne soient pas augmentées et que vos futures retraites ne soient pas diminuées ? Sinon, préférez-vous la diminution des retraites ou bien l’augmentation des cotisations ? » pourrait faire l’objet d’une votation à la Suisse sous la forme d’un QCM puisqu’il est demandé une réponse à trois questions, et sous réserve que ces questions soit bien conformes à la Constitution.

    Cette votation serait destinée à tous les Français, l’occasion (manquée jusqu’à aujourd’hui) de réfléchir enfin sur le vrai problème des retraites. Il conviendrait d’accorder au moins six mois à un an aux Français pour réfléchir calmement à la question. Cependant, tant que l’on s’obstinera à garder comme un totem le système de retraite par répartition, il faudra périodiquement faire une nouvelle réforme. Et les retraites seront de plus en plus maigres, l’âge de la retraite de plus en plus tardif et les cotisations de plus en plus lourdes.

    Il faut savoir que le système de la répartition qui avait été choisi initialement par le gouvernement de Vichy et repris en 1945 dans le programme du Conseil National de la Résistance, où l’argent des cotisations sert à payer immédiatement les retraites était à l’époque très intéressant pour les deux raisons suivantes :

    1. Il ne demandait aucun financement immédiat au gouvernement. ( tu parles d‘une aubaine ! )
    2. Le rapport du nombre de cotisants sur le nombre des retraités était alors très favorable. (ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui).

    La répartition n’a pas été choisie pour d’autres motifs.

    En revanche, il y a aujourd’hui une raison non avouée de la conserver à tout prix : pour le gouvernement c’est une façon une façon de garder la main sur le sort de tous les salariés , ce qui n’est pas mince, et sans doute fondamental pour lui. D’où le mythe de la solidarité entre générations inventé pour la circonstance, mais qui n’a aucune réelle consistance.

    Si les Français veulent vraiment reprendre pour eux-mêmes une partie de la Liberté, premier mot de la devise de la République, il doivent se débarrasser rapidement de cette répartition, système injuste et économiquement non performant qui ne présente d’avantages que pour nos gouvernants.

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      « Les mouvements sans grève ne gênent personne » – Entretien avec Jean-Marie Pernot

      news.movim.eu / LeVentSeLeve · Sunday, 29 January, 2023 - 21:56 · 27 minutes

    La forte opposition à la réforme des retraites met de nouveau les syndicats au centre du jeu politique. Après une mobilisation historique le 19 janvier dans la rue, de nouvelles manifestations sont prévues et des grèves se préparent dans plusieurs secteurs. Mais pour Jean-Marie Pernot, politologue et spécialiste des syndicats, un mouvement social se limitant à des manifestations et à quelques « grèves par procuration » ne sera pas suffisant pour faire reculer le gouvernement. L’organisation de grèves dures sera néanmoins ardue, tant les syndicats se sont affaiblis durant les dernières décennies. Dans cet entretien fleuve, l’auteur de l’ouvrage Le syndicalisme d’après. Ce qui ne peut plus durer revient sur les raisons de ce déclin, entre bureaucratisation, incapacité de la CGT et de la CFDT à s’unir, liens compliqués avec les partis politiques ou encore inadéquation entre la structuration des grandes confédérations et l’organisation du salariat contemporain. Propos recueillis par William Bouchardon.

    Le Vent Se Lève : La mobilisation contre la réforme des retraites a débuté par une grande manifestation jeudi 19 janvier, avec entre 1 et 2 millions de personnes dans la rue, ce qui est assez historique. Néanmoins, malgré l’unité syndicale, le choix d’une prochaine date de mobilisation tardive le 31 janvier et des suites un peu incertaines suivant les secteurs donnent l’impression d’une fébrilité des syndicats. Comment analysez-vous ce début de mobilisation ?

    Jean-Marie Pernot : D’abord, si je peux bien sûr être critique des syndicats, il faut quand même relever qu’ils ne sont pas morts. Qui est capable dans ce pays de mettre un à deux millions de personnes dans la rue ? Tout affaiblis qu’ils soient, on constate quand même que les syndicats ont réussi cela, grâce à une certaine unité. Certes, cette unité est défensive car les syndicats n’ont pas tous le même avis sur les retraites, mais l’opposition à la réforme les réunit. Ce qui me frappe beaucoup dans cette première journée de mobilisation, même si on l’a déjà vu en 2010, c’est la mobilisation dans les petites villes. 1500 personnes à Chaumont (ville de 22.000 habitants en Haute-Marne) par exemple. C’est assez rare pour le souligner. Donc les syndicats ne sont pas morts. Bien sûr, les retraites sont au cœur du pacte social et c’est un sujet très sensible, d’où l’ampleur de la mobilisation.

    Une fois dit cela, l’analyse doit se faire non pas sur une journée mais sur une séquence. Depuis 1995, ces conflits se font en effet sur de grandes séquences et les mouvements acquièrent une dynamique propre. Cette première journée était-elle l’acmé du mouvement ou seulement un point de départ ? Il est encore trop tôt pour le dire. En outre, les rythmes de mobilisation sont différents secteur par secteur, selon les syndicats qui dominent. On sait que la CGT va pousser à la grève reconductible dans certains secteurs, mais même au sein de ce syndicat, les stratégies diffèrent. Les grèves dans les transports par rail et les transports urbains vont probablement tenir un certain temps. Outre les habitudes de mobilisation à la SNCF et à la RATP, je rappelle que leur régime spécial est menacé. Mais de manière générale, on va avoir toutes les configurations sectorielles et géographiques. Il y a une immense variété de stratégies syndicales, d’habitudes, de puissance par secteur etc. et donc beaucoup d’inconnues.

    Je retiens deux facteurs importants pour la suite. D’abord la question de la grève : en 2010, contre la réforme des retraites de Nicolas Sarkozy, on avait eu une protestation presque sans grève. La vague de manifestations était considérable, sans doute la plus forte depuis 1968, plus forte même qu’en 1995. Même dans les petites îles au Nord de la Bretagne, dans des villages de 300 habitants, il y avait systématiquement des manifestations. Et pourtant il ne s’est rien passé : Sarkozy se fichait de ces manifestations et a fait sa réforme. Macron a sans doute en tête le même scénario : que les gens manifestent une, deux ou dix fois, puis qu’ils finissent par se lasser, que le front syndical se lézarde etc… Si c’est de nouveau un mouvement sans grève, comme en 2010, je ne vois pas en quoi l’issue serait différente. Les mouvements sans grève ne gênent personne. Bruno Le Maire l’a d’ailleurs rappelé il y a quelques jours : il respecte le droit de manifester mais espère un mouvement indolore, qui ne « bloque » pas le pays.

    En effet, face à un mouvement de manifestations mais peu de grèves, les patrons ne disent rien car ils ne sont pas directement visés. En revanche, s’il y a des grèves, que la production et l’économie sont pénalisées, ça peut changer la donne. Si le conflit grippe la machine économique, le patronat va se réveiller, alors qu’il est globalement pour la réforme pour l’instant, du moins en ce qui concerne les gros patrons du MEDEF. Ce n’est pas évident bien sûr : avec l’inflation, les gens réfléchissent à deux fois avant de faire grève. Certains secteurs tiennent des discours de grève dure, mais il faudra voir sur la durée. Dans les raffineries par exemple, cela peut avoir des impacts à la pompe à essence mais aussi pour l’approvisionnement des entreprises. Je suis incapable de connaître la suite, mais en tout cas, contrairement aux manifs, le mouvement syndical a perdu de sa puissance sur ce point.

    Le deuxième point, c’est la mobilisation des jeunes. Lorsque les jeunes s’en mêlent, on ne sait jamais où ça va s’arrêter. Il suffit de penser au CPE en 2006, où c’était devenu difficile à gérer. Là-dessus aussi, difficile de trop s’avancer : il y avait beaucoup de lycéens ou d’étudiants le 19 janvier dans la rue, mais pas sûr que la question des retraites les mobilise jusqu’au bout.

    Enfin, il y a un troisième facteur, que j’ose à peine évoquer, c’est la violence. Depuis 2010, nous avons eu les gilets jaunes, qui n’étaient pas un mouvement institutionnalisé. Ils ne suivaient pas les habitudes des syndicats : déposer un trajet, assurer le service d’ordre, se disperser tranquillement… Ils faisaient le trajet qu’ils souhaitaient et cela pouvait dégénérer, pour le meilleur comme pour le pire. Ce qui peut jouer dans cette affaire, c’est l’incroyable mépris de Macron. Sarkozy n’était pas un modèle, mais au moins il n’allait pas parader en Espagne le jour où il y avait deux millions de personnes dans la rue. Ce mépris total peut radicaliser un certain nombre de gens, se transformer en haine et susciter de la violence. Ce n’est pas le pari des syndicats bien sûr, mais la situation peut leur échapper.

    LVSL : Je reviens au premier facteur que vous évoquiez : la grève. On sait qu’il y en aura un certain nombre, même si leur forme et leur durée sont encore inconnues. Mais n’y a-t-il pas un risque, comme c’est souvent le cas depuis 1995, que les grèves se concentrent dans quelques bastions comme la SNCF, la RATP ou quelques services publics, les salariés d’autres secteurs se contentant de les soutenir sans y participer ? La « grève par procuration » est-elle devenue la norme ?

    JM Pernot : C’est fort probable. Dans d’autres secteurs, notamment le secteur privé, il est devenu difficile de faire grève : comme c’est une pratique minoritaire, elle est d’autant plus risquée pour ceux qui s’y livrent. D’autant que la question du pouvoir d’achat n’encourage pas à la grève. Il y a donc un risque de délégation ou de procuration, avec des gens qui posent des RTT pour aller manifester en soutien aux grévistes, mais sans se mobiliser dans leur entreprise. Bien sûr, cela rendra une victoire du mouvement moins probable.

    Une grève par procuration est donc un signe que les gens ont du mal à tenir une grève sur la durée. Mais s’ils soutiennent les grévistes, notamment via les caisses de grèves, c’est déjà pas mal. En 1995, par exemple, les transports en Île-de-France étaient tous à l’arrêt et c’était très pénible, mais les gens ont soutenu le mouvement. La droite avait essayé d’organiser les usagers contre les grévistes, mais excepté un petit rassemblement ponctuel dans les beaux quartiers, ça n’avait pas pris.

    Donc oui, c’est sûr que s’appuyer sur un faible support gréviste fragilise le mouvement. On connaît la liste des secteurs à l’avance. Mais le fait que la CFDT soit contre la réforme peut jouer, notamment chez les routiers. En 1995 et en 2003, les routiers avaient été très mobilisés et cela avait pesé. Or, la CFDT y est majoritaire. Ce n’est pas rien : contrairement au fret ferroviaire qui ne représente plus grand chose, le fret routier est essentiel pour les entreprises. Mais attention : les pouvoirs publics ont appris de ces mobilisations passées et y sont très attentifs, ils essaieront d’éviter le blocage des routes.

    Plus largement, ce phénomène de grève par procuration traduit des changements de l’organisation du travail. Avant, les grandes entreprises étaient des points forts de la mobilisation syndicale. Aujourd’hui les grandes entreprises sont en majorité composées de cadres et le travail ouvrier est sous-traité dans tous les sens. Or, les syndicats ont très peu d’appuis chez les sous-traitants.

    LVSL : En effet, la grève par procuration est le symptôme d’un syndicalisme affaibli. Vous l’évoquez d’ailleurs dans votre livre, qui s’ouvre sur un paradoxe : l’exploitation au travail est toujours bien présente, nombre de cadres font face à une crise de sens, les salaires ne suivent plus l’inflation… Bref, les demandes portées par les syndicats sont tout à fait actuelles et même parfois majoritaires dans l’opinion. Pourtant le nombre de syndiqués est en baisse, comme la participation aux élections professionnelles. Pourquoi ?

    JM Pernot : On peut retenir deux causes majeures de l’affaiblissement des syndicats. La première, c’est le serpent de mer de la désunion syndicale. Les gens ne comprennent pas bien pourquoi il y a autant de syndicats et pourquoi ils n’arrivent pas à se mettre d’accord. Beaucoup se disent « mettez-vous d’accord et ensuite on s’intéressera à ce que vous faites ». Ça ne veut pas dire que les divergences n’ont pas de bonnes raisons, mais il faut regarder la réalité en face : les débats stratégiques entre la CGT et la CFDT, ça n’intéresse pas les gens. D’autant qu’aucune des deux stratégies ne donne des résultats. Donc ils continuent de se battre mais leurs stratégies sont chacune perdantes de leur côté et ces bagarres rebutent les gens. Certes, quand les gens ont un problème dans leur boîte, ils vont toujours voir le militant syndical quand il y en a un, mais c’est un service élémentaire de soutien aux salariés en difficulté. Mais pour les syndicats qui parlent de transformation sociale, on est loin de passer de la parole aux actes.

    « Désormais, tout le monde sous-traite tout. Cela déstructure les collectifs, éclate les communautés d’action, dissout les solidarités entre travailleurs. »

    Le second problème, c’est cette dynamique du salariat que j’aborde dans mon livre, alors que les syndicats sont restés scotchés à leurs structures antérieures. Nous avons eu un grand mouvement de transformation de l’entreprise et des interrelations entre entreprises. C’est notamment le cas avec la sous-traitance, qui est particulièrement forte en France. Désormais, tout le monde sous-traite tout. La question n’est plus qu’est-ce qu’on sous-traite, mais que garde-t-on en interne ? Évidemment, cela déstructure les collectifs, éclate les communautés d’action, dissout les solidarités entre travailleurs.

    En revanche, la négociation collective n’a pas changé. Elle a lieu à l’échelle des branches et des entreprises, alors que ces lieux ont perdu de leur substance. Il se passe encore des choses dans les branches, mais les entreprises sont devenues des palais des courants d’air, avec parfois une majorité de travailleurs dont le contrat de travail est ailleurs que dans l’entreprise. Donc les syndicats se sont retrouvés atomisés boîte par boîte et accompagnent l’éclatement des travailleurs. Cela est contraire à la logique inclusive qui est au fondement du syndicalisme confédéré. Normalement, un syndicat emmène un groupe social avec lui. Là, ils font face à des divisions permanentes entre personnes qui travaillent ensemble mais qui sont rattachées à des entreprises ou des branches différentes. Il y a là un énorme hiatus.

    LVSL : Oui, vous rappelez d’ailleurs dans votre livre qu’un quart des syndiqués CGT ne sont rattachés à aucune union professionnelle, c’est énorme. Pourtant le problème n’est pas nouveau et les syndicats ont déjà fait face à d’autres réorganisations du monde du travail, au début du XXème siècle et ils avaient réussi à se réformer. Comment expliquer l’inertie actuelle ? Pourquoi les syndicats ne parviennent-ils pas à créer de la solidarité entre des gens qui ne sont peut-être pas rattachés à la même entreprise de par leur contrat de travail, mais travaillent de fait ensemble ?

    JM Pernot : Oui, c’est le grand problème. La différence majeure avec le début du XXème siècle, c’est que les syndicats de l’époque n’étaient pas du tout institutionnalisés. Au contraire aujourd’hui, leur organisation, leur mode de financement, leur mode de décision en interne, etc. doit faire face au poids des fédérations professionnelles qui se sont formées au cours de plusieurs décennies. Remettre ça en cause est très compliqué : même si ces fédérations sont en crise, elles font peser une chape de plomb sur les confédérations syndicales. Je lisais récemment les textes du prochain congrès de la CGT, ces questions sont certes abordées. Mais ça fait six ou sept congrès, c’est-à-dire une vingtaine d’années, que l’on dit qu’il faut réformer l’organisation pour mieux refléter le monde du travail !

    Cette inertie totale renvoie à l’épaisseur bureaucratique des organisations. Les syndicats sont de grosses bureaucraties avec des rapports de pouvoir et des chefs, ce qui concourt à l’immobilité. C’est paradoxal : ils se vident de leurs adhérents, mais ils restent dans ce fonctionnement bureaucratique. Il faut aussi dire que beaucoup de financements passent par les branches, ce qui contribue à figer les structures. Bernard Thibaut (ancien secrétaire général de la CGT, ndlr) avait tenté de faire bouger les choses, mais tout ça a été étouffé par les fédérations.

    « Les syndicats sont de grosses bureaucraties avec des rapports de pouvoir et des chefs, ce qui concourt à l’immobilité. »

    En 1901, les syndicats constatent que le capitalisme change, que l’on passe d’une logique de métiers à une logique d’industrie et ils s’adaptent. Bien sûr, cela a été compliqué : dans la métallurgie, cela a pris 20 ans. Cela a secoué les routines et les hiérarchies internes au monde ouvrier. Par exemple, à la SNCF on n’a jamais réussi à syndiquer les conducteurs de locomotive dans le même syndicat que ceux qui posent le ballast sur les voies. Donc bien sûr c’est compliqué. Mais aujourd’hui, on sent qu’il n’y a pas de volonté réelle de changer.

    LVSL : En effet, les syndicats sont de grosses machines bureaucratiques. Pour beaucoup de travailleurs, les syndicats apparaissent comme une réalité lointaine : on pense aux délégués du personnel ou aux chefs des centrales chargés de mener un vague « dialogue social » avec le patron ou le gouvernement. Les syndicats ne se sont-ils pas bureaucratisés et éloignés de leur base ?

    JM Pernot : Attention, une certaine bureaucratie est nécessaire. S’il n’y en a pas, cela donne ce que l’on observe avec ces nouveaux collectifs de travailleurs qui émergent ces dernières années, par exemple les contrôleurs SNCF qui ont fait grève à Noël. Avec les réseaux sociaux ou une boucle Whatsapp, c’est facile de mettre en lien les travailleurs entre eux. Pour entrer dans l’action, c’est facile. Mais ensuite la direction fait une proposition. Là, le problème débute : comment arbitrer, comment décider ? Est-ce qu’on continue ? Comment négocie-t-on ? Comment vérifier ensuite que l’accord est respecté ? Tout cela, une coordination de travailleurs ne sait pas le faire. Donc toute forme d’action sociale a besoin d’un minimum d’institutionnalisation et de représentation, ne serait-ce que pour négocier. La bureaucratie, c’est ce qui assure la continuité de son action, la reproduction du collectif et l’interface avec les autres institutions.

    « Le problème des syndicats, c’est qu’ils ont des bureaucraties bien constituées qui n’ont pas besoin de beaucoup d’adhérents pour survivre. »

    Cela étant dit, il faut aussi que l’organisme reste vivant. Qu’est-ce qui prend le dessus ? Le mouvement ou la bureaucratie ? Il y a toujours une tension entre ces deux pôles. Il faut à la fois une représentation et des structures, mais aussi ne pas se figer dans des luttes de pouvoir internes. Or, toute organisation, même un groupe de locataires, est toujours marquée par des jeux de pouvoir pour des postes, pour des rétributions matérielles ou symboliques… Le problème des syndicats, c’est qu’ils ont des bureaucraties bien constituées qui n’ont pas besoin de beaucoup d’adhérents pour survivre. Si on compare l’appareil de la CGT à celui d’IG Metall en Allemagne, ce sont deux mondes différents. Par exemple, je défends, comme d’autres, l’idée de redistribuer des moyens vers l’action locale, donc les Unions locales (UL) et les Unions départementales (UD). Mais c’est un débat à couteaux tirés. La bataille pour la répartition de la ressource est ici comme ailleurs assez compliquée mais aussi très politique.

    LVSL : Face à l’inertie des syndicats, des « collectifs » de travailleurs qui ont vu le jour ces dernières années comme vous le rappeliez. On pense par exemple au collectif inter-hôpitaux, aux livreurs à vélo ou encore à celui des contrôleurs SNCF. Finalement, là où les syndicats ont la bureaucratie pour négocier et assurer la représentation, ces collectifs ont eux le lien avec la base. Est-ce que syndicats et collectifs arrivent à travailler ensemble ?

    JM Pernot : Ça dépend des secteurs. Par exemple, chez les livreurs à vélo, qui ont été bien étudiés par de jeunes sociologues, des connexions se sont faites avec les syndicats dans certaines villes comme Bordeaux ou Toulouse. Concrètement, les coordinations de livreurs n’affichent pas une étiquette syndicale, mais on leur prête un petit local dans les unions départementales, quelques jeunes se sont syndiqués pour faire un lien, etc. En l’occurrence avec l’économie de plateforme, c’est plutôt la CGT, Solidaires ou la CNT qui sont présents dans ce genre d’univers. Mais la liaison existe.

    Jean-Marie Pernot, politologue à l’Institut de Recherches Economiques et Sociales (IRES).

    Pour la SNCF, ça reste encore à voir. En 1986, il y avait déjà un mouvement social qui était parti d’un collectif de conducteurs, et cela avait heurté la FGAAC (Fédération Générale Autonome des Agents de Conduite) et la CGT. La CGT s’était remise en question par la suite et elle reste attentive à cela, donc je pense que des coopérations sont possibles.

    Dans la santé, la bataille est plutôt perdue pour les syndicats. Ce sont les collectifs inter-urgence ou inter-hôpitaux qui mènent le combat depuis 3 ou 4 ans. Mais dans ces collectifs, il y a des syndiqués. Par exemple l’urgentiste Christophe Prudhomme : tout le monde sait qu’il est syndiqué à la CGT, mais on lui fait confiance car c’est un bon organisateur, il s’exprime bien et ne la ramène pas toujours à son syndicat. Donc les syndicats ne sont pas au cœur des mots d’ordre, mais ne sont pas totalement extérieurs non plus. Lorsqu’il y a eu les négociations pour le Ségur de la santé, ce sont les syndicats qui ont négocié et il y a eu un lien : il n’y a pas eu de soulèvement contre les syndicats, donc ça a plutôt fonctionné. Bref, les formes sont très diverses, mais l’important c’est que ça marche.

    LVSL : Vous parliez tout à l’heure de l’unité syndicale. La France a connu une multiplication des syndicats depuis une trentaine d’années, mais les deux principaux restent la CGT et la CFDT. Tout semble les opposer : la CGT est un syndicat de rapport de force, parfois qualifié de « jusqu’au boutiste » , tandis que la CFDT est un syndicat « réformiste » souvent accusé de complaisance avec les patrons et le gouvernement. Cette opposition frontale entre « réformistes » et « syndicats de rapport de force » rebute beaucoup de monde. Est-il possible de dépasser ces guerres intestines, au-delà de quelques mobilisations défensives comme en ce moment avec la réforme des retraites ?

    JM Pernot : En effet, pour l’instant sur les retraites, l’unité est défensive et la désunion peut revenir par la suite. Alors bien sûr, les stratégies peuvent être différentes, mais tant la CGT que la CFDT ont une stratégie en partage : chacun pense pouvoir faire sans l’autre. Du moins, c’est ce qui a dominé les dix dernières années. Je reste sceptique car la volonté de travailler ensemble semble faible, mais je préfère continuer à rêver que c’est possible. Sinon chacun va continuer dans son coin et tout le monde va se planter. Cette unité peut donc venir d’une nécessité, lorsque chaque bloc a compris qu’il ne parvenait à rien seul.

    En ce moment, il y a peut-être un mouvement de la part de la CFDT. Comme c’est un syndicat réformiste, ils ont besoin de bons liens avec le gouvernement ou le patronat pour espérer des victoires. En 2017, la CFDT a accompagné l’arrivée de Macron au pouvoir et ses sympathisants ont voté Macron à plus de 50% dès le premier tour (45% en 2022). Donc idéologiquement, la CFDT n’est pas très loin de Macron. Sauf que Macron ne veut pas négocier, il veut passer en force. Donc Berger se retrouve bien seul et il y a un malaise en interne. Ils sont en train de se rendre compte que Macron, ce n’est pas la deuxième gauche, mais juste la droite. Beaucoup commencent à en avoir marre de servir de faire-valoir du gouvernement sans rien obtenir. Berger fait des propositions unitaires depuis quelque temps, mais tout dépend de la réaction qu’aura la CGT.

    « La CFDT est devenue d’autant plus caricaturalement « dialogue social » que la CGT est devenue caricaturalement « grève générale et convergence des luttes ». La dérive de l’une nourrit la dérive de l’autre. »

    Or, il y a une dialectique négative entre les deux organisations. La CFDT est devenue d’autant plus caricaturalement « dialogue social » que la CGT est devenue caricaturalement « grève générale et convergence des luttes ». La dérive de l’une nourrit la dérive de l’autre. Quand la CFDT veut justifier sa stratégie, ils disent « c’est contre la CGT » et vice-versa. Il faut sortir de cela, c’est mortifère : la CGT et la CFDT doivent se définir par rapport aux enjeux du moment et non pas l’une par rapport à l’autre.

    On verra ce qui va se passer au congrès de la CGT, mais je ne suis pas sûr qu’un rapprochement soit à l’ordre du jour. Les relations sont très mauvaises depuis 10 ans : la CFDT a joué à fond la carte du mandat Hollande, puis Macron, alors que la CGT n’a jamais fait ce pari. Désormais, les conditions pour l’unité sont là. D’autant plus que les grands mouvements sociaux comme celui des retraites posent la question du gouvernement d’après. Si le gouvernement s’entête, les perspectives s’assombrissent : la NUPES, et la France insoumise en particulier, auront beau essayer de surfer sur la colère populaire, une victoire du RN est plus probable. Cela peut contribuer à rapprocher les syndicats.

    Donc même si rien n’est fait, je préfère croire que c’est encore possible. Sinon l’histoire est écrite : les syndicats ne susciteront plus que de l’indifférence. J’avais même proposé par le passé une convention citoyenne sur la réorganisation du syndicalisme. En tout cas, il faut essayer des choses sinon les syndicats vont à la marginalisation assurée.

    LVSL : Ce divorce des syndicats avec la société se voit aussi par un autre aspect. Bien qu’ils continuent à formuler des propositions intéressantes, les syndicats ne semblent plus porter de vision du monde comme cela a pu être le cas à d’autres époques. Ceux qui veulent s’engager sur cette voie choisissent d’ailleurs plutôt de rejoindre des associations ou des ONG. Est-ce une fatalité ? Les syndicats ne pourraient-ils pas faire émerger de nouvelles idées et élargir leur champ de réflexion, au-delà du travail, sur des questions majeures comme le féminisme ou l’écologie ?

    JM Pernot : Oui, il faut que le syndicalisme s’élargisse à de nouvelles problématiques, par exemple, la question du sens du travail, qui est très actuelle. Cela ne doit pas faire oublier que les salaires, les conditions de travail, les retraites, etc. sont toujours des sujets majeurs. Mais votre constat est juste : les syndicats sont peu porteurs d’idées alternatives aujourd’hui. La raison est simple : 30 ans de chômage de masse, cela pèse sur la capacité à penser un autre monde. Depuis le milieu des années 1970, quand la crise s’est installée et que l’élan de mai 68 s’est dissipé, le mouvement social a été dominé par une conjoncture marquée par le chômage de masse. Certes, il y a eu quelques projets intéressants avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 autour des nationalisations ou des lois Auroux par exemple. Mais le tournant de la rigueur a très vite cassé cette dynamique et durablement abîmé les relations entre la CGT et la CFDT.

    « 30 ans de chômage de masse, cela pèse sur la capacité à penser un autre monde. »

    Il est difficile de maintenir un discours de transformation lorsque les travailleurs pensent moins à l’autogestion qu’à la sauvegarde de leur emploi. Inverser la tendance ne sera pas simple. On nous répète que le chômage baisse, mais en réalité il reste beaucoup de chômeurs et la précarité s’accroît. Le capitalisme nous mène de crise en crise : crise financière en 2008, crise du pouvoir d’achat avec la guerre en Ukraine… Avant, les gens s’engageaient en se disant que leurs enfants vivraient mieux qu’eux grâce à leurs combats, aujourd’hui ce n’est plus le cas. L’optimisme qui prévalait dans les années suivant mai 68 a disparu. Et je ne parle même pas du climat !

    Donc le champ des luttes s’est plutôt élargi, mais les syndicats doivent aider les travailleurs face à une succession de crises. Les syndicats savent qu’ils ont besoin de la société civile pour penser des alternatives : tant la CFDT que la CGT se sont engagées dans des alliances élargies avec des ONG. On peut citer l’alliance « Plus Jamais ça » ou le « Pacte de pouvoir de vivre ». Mais là encore, ce n’est pas simple et cela cause de vifs débats en interne.

    LVSL : La question du lien avec la société civile amène celle des relations avec les partis politiques. En France, les syndicats ont toujours été soucieux de leur indépendance à l’égard des partis, même si les liens entre la CGT et le Parti Communiste ont longtemps été forts. Bien sûr, ils remplissent des rôles différents : les syndicats sont là pour représenter le monde du travail, tandis que les partis politiques ont en charge la représentation des citoyens dans l’arène institutionnelle. Mais beaucoup de citoyens ne comprennent pas que syndicats et partis de gauche n’arrivent pas à travailler ensemble. La « marche contre la vie chère » organisée cet automne par la NUPES a ainsi été critiquée par la CGT, alors que celle-ci partageait globalement les mots d’ordre de la manifestation. Pourquoi aucune coopération ne semble-t-elle possible ? Peut-on dépasser cette situation ?

    JM Pernot : Comme vous le rappelez, les syndicats et les partis ont des fonctions différentes. Les syndicats ont un rôle de rassemblement du monde du travail autour de revendications et de construction d’une vision partagée sur certains sujets. Les partis politiques ont la responsabilité inverse : ils sont là pour partitionner l’opinion et faire émerger des visions du monde différentes. Donc on peut comprendre que chacun soit dans son propre sillon.

    « Si le mouvement social est trop marqué par la France Insoumise, cela risque de mettre des gens à l’écart. »

    Bien sûr, il peut y avoir des coopérations et des convergences programmatiques entre la NUPES et la CGT existent. Mais attention, les convergences sont plus faibles avec la CFDT, sans parler de la CFE-CGC (syndicat de cadres, ndlr) ou de la CFTC (syndicat chrétien-démocrate, ndlr) et il faut aussi préserver l’intersyndicale. Par ailleurs, la NUPES, et notamment la France Insoumise qui en est le cœur, a tenté de prendre la tête du mouvement social et cela n’est pas bien passé. Que la NUPES ou la FI aient des choses à dire sur les questions sociales, essaient d’agréger d’autres groupes sociaux comme les jeunes ou fassent des propositions alors que les syndicats en font peu, très bien. Mais si les partis tentent de prendre la tête de l’organisation des manifestations, cela se passera mal.

    Ce serait même contre-productif : beaucoup de travailleurs peuvent venir à une manifestation syndicale ou se retrouver dans les mots d’ordre d’une mobilisation sans pour autant être électeurs de la France Insoumise. Par exemple à Marseille, mais aussi ailleurs, quand il y a autant de monde dans les rues, on sait très bien qu’on retrouve aussi beaucoup d’électeurs RN dans les cortèges. Bon et alors ? N’était-ce pas Mélenchon qui parlait des « fâchés pas fachos » ? Tous syndicats confondus, environ 15 à 20% de leurs sympathisants ont voté RN. De même avec la CFDT et les électeurs de Macron. On ne va pas jeter ces personnes hors des cortèges. Les syndicats doivent rassembler, la CGT doit viser au-delà des gens que la NUPES intéresse. Si le mouvement social est trop marqué par la France Insoumise, cela risque de mettre des gens à l’écart. Donc les convergences peuvent exister mais il faut faire attention et préserver l’intersyndicale. Les politiques peuvent aider à mobiliser, mais dans un moment comme celui-ci, je pense qu’il faut laisser la main aux syndicats sur la mobilisation.

    Le syndicalisme d’après. Ce qui ne peut plus durer . Jean-Marie Pernot, Editions du détour, 2022, 18,90 € .

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      Retraites : le rêve de la CGT conduirait au cauchemar du Venezuela

      ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 26 January, 2023 - 03:30 · 3 minutes

    Par Patrick Aulnas.

    Il est décidément impossible de revenir à la raison au sujet des retraites.

    Que l’on écoute les responsables syndicaux, les leaders de gauche, certains intellectuels signataires d’un soutien au mouvement de grève ou simplement les interviews micro-trottoir, on reste confondu par le niveau de la manipulation politique. Tout ce beau monde semble penser qu’il suffit d’une volonté politique pour faire le bonheur du peuple.

    Toute personne raisonnable sait pourtant que la politique est régie par les émotions, cherche à utiliser le rêve d’un futur édénique pour capter l’électorat. Nos politiciens nous mènent par le bout du nez avec des promesses. Exonérons cependant la jeunesse. Elle doit croire. Bien sûr, il vaut mieux croire à autre chose qu’à la politique. Mais la jeunesse a droit à l’erreur, contrairement aux personnes d’âge mûr et aux seniors qui défilent.

    Prévisions démographiques et économiques contre manipulation politique

    Que l’on soit favorable ou non au principe de la retraite par points, il existe des certitudes élémentaires. L’ OCDE nous renseigne très simplement à ce sujet.

    En France, dans les années 1950, on dénombrait 5 actifs pour un retraité. En 2010, ce ratio est de 3,5. Il sera égal à 2 à partir de 2040.

    Tout le monde peut donc comprendre que, sauf à écraser les actifs sous des cotisations en augmentation constante, les retraites par répartition devront diminuer. Il faudrait une croissance économique à la chinoise pour maintenir leur niveau.

    Et tout porte à croire que la croissance restera faible dans les décennies à venir : faible compétitivité internationale de la France, idéologie écologiste visant la décroissance, lourde dette publique et charges salariales élevées. Donc, en moyenne, les retraites par répartition ne pourront rester au niveau actuel. C’est une quasi-certitude. La politique n’y peut absolument rien. C’est l’économie et la démographie qui sont à la manœuvre, avec des prévisions robustes.

    Cela n’empêche pas les revendications absurdes. La CGT demande le retour à la retraite à 60 ans à un niveau élevé pour tous. La France rêvée de la CGT est le paradis des vieux. Mais chacun sait que les promesses de paradis politique conduisent directement en enfer. Avec la CGT, une évolution à la vénézuélienne est garantie.

    Un modèle à revoir

    Tous les pays de l’OCDE connaissent un vieillissement de leur population. L’originalité française réside dans le poids des retraites, plus élevé que dans la plupart des pays. L’OCDE le souligne :

    En France, les dépenses publiques consacrées à la retraite atteignent 13 % du PIB en 2007. Elles seront de 14 % en 2060. C’est au-dessus de la moyenne des pays de l’Union européenne.

    La moyenne européenne est de 10 %.

    Le poids des dépenses publiques de retraite en France s’explique par le choix du fameux « modèle social français ». La collectivisation est très forte et les choix individuels restreints. L’analyse de l’OCDE est sans ambiguïté :

    En moyenne dans les pays de l’OCDE, un peu plus de 60 % des revenus des personnes âgées proviennent de transferts publics. En France, c’est plus de 85 %.

    La France est le pays de l’OCDE qui utilise le plus les transferts publics pour assurer un revenu aux personnes âgées. Aux États-Unis, seuls 36 % des retraites proviennent du secteur public, au Canada 41 %, en Grande-Bretagne 49 % et en Allemagne 73 %.

    La basse politique à la manœuvre

    CDQD. La politisation actuelle du problème provient de la gestion étatique du système. Rien d’illogique. Chacun cherche à grappiller un peu plus dans l’immense besace des prélèvements obligatoires, qui d’ailleurs ne suffisent pas, d’où la survie du modèle français par l’endettement .

    Tous les leaders syndicaux ou politiques savent que l’avenir est tracé : il faudra maîtriser d’une manière ou d’une autre le financement des retraites. Mais l’opportunité politique est telle qu’ils ne peuvent la laisser passer. Ces gens-là ne défendent pas l’intérêt général, mais se contentent de faire de la politique politicienne.

    On répète à satiété dans les médias que si Macron ne réussit pas sa réforme des retraites , il perdra son électorat de droite et ne sera pas réélu en 2022. Voire. Mais nul doute que dans les esprits les plus médiocres de notre univers politique et syndical, cet élément joue un rôle important. Faire échouer Macron, quel rêve pour tous les haineux attirés par le pouvoir !

    Il vaudrait mieux rêver de faire réussir la France. Mais là, on ne se bouscule pas.

    Article publié initialement le 9 décembre 2019

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      Stop à la tyrannie syndicale

      Jean-Philippe Delsol · ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Wednesday, 18 January, 2023 - 04:20 · 4 minutes

    Un article de l’IREF Europe

    Depuis longtemps les syndicats français cherchent à faire la loi en France. La Constitution de 1958 leur en a fixé l’horizon en proclamant que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Puis M. Gérard Larcher leur en a offert les moyens en faisant voter la loi du 31 janvier 2007 sur le dialogue social transposée notamment ainsi à l’article 1 du Code du travail :

    Tout projet de réforme envisagé par le gouvernement qui porte sur les relations individuelles et collectives du travail, l’emploi et la formation professionnelle et qui relève du champ de la négociation nationale et interprofessionnelle fait l’objet d’une concertation préalable avec les organisations syndicales de salariés et d’employeurs représentatives au niveau national et interprofessionnel en vue de l’ouverture éventuelle d’une telle négociation.

    À cet effet, le gouvernement leur communique un document d’orientation présentant des éléments de diagnostic, les objectifs poursuivis et les principales options.

    Lorsqu’elles font connaître leur intention d’engager une telle négociation, les organisations indiquent également au gouvernement le délai qu’elles estiment nécessaire pour conduire la négociation.

    Est ainsi instituée une obligation de négociation collective préalable à toute loi sociale. Depuis lors, les syndicats se considèrent comme législateurs aux côtés du législateur sinon à sa place. Mais le poison était déjà dans le préambule de la Constitution de 1946 qui a transformé le droit de travailler sans discrimination en droit « au » travail en affirmant que « Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi ».

    La relation entre le salarié et l’employeur s’est fondue alors dans des négociations collectives dont les syndicats ont revendiqué le monopole ( Cf. Jacques Garello ). Ainsi a été légitimée la démocratie sociale qui substitue la dictature des syndicats à la liberté des contrats.

    Une puissance syndicale inversement proportionnelle à sa représentativité

    Une telle substitution est d’autant plus inadmissible que les syndicats dits représentatifs par les vertus de la loi ne représentent pas grand monde.

    Dans sa dernière étude datée du 21 décembre 2021 la direction de l’Animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) explique qu’en 2019, « 10,3 % des salariés déclarent adhérer à un syndicat, 11,0 % des hommes et 9,5 % des femmes, en France (hors Mayotte) » .

    Il y aurait 18,4 % de syndiqués dans la fonction publique et 7,8 % dans le secteur privé. Entre l’âge de 40 et de 49 ans, le pourcentage moyen est de 12,6 % et à partir de 50 ans, il remonte à 14,7 %. Chez les plus jeunes, les moins de 30 ans sont seulement 2,7 % à adhérer à un syndicat.

    C’est dire que l’avenir syndical est sombre en France. Les salariés se détournent des syndicats qui s’occupent moins de leur sort que de politique et d’idéologie. Trop d’organisations syndicales œuvrent à l’encontre des entreprises avec l’argent des contribuables et des employeurs qui les financent pour l’essentiel, puisque les cotisations ne représentent sans doute pas plus de 10 % de leurs ressources et que ces cotisations donnent droit au bénéfice des cotisants à un crédit d’impôt de 66 %.

    Par comparaison les cotisations comptent pour 80 % des ressources des syndicats en Europe du nord où le taux de syndicalisation est très élevé : 49 % en Autriche, 67,5 % au Danemark, 60 % en Finlande, 50 % en Norvège, 65,5 % en Suède… Mais les syndicats nordiques rendent des services, eux !

    La démocratie sociale est une démocratie dévoyée

    À l’instar des démocraties dites populaires, la notion même de démocratie sociale est dangereuse parce qu’elle est floue et sans limite et qu’elle accorde des droits excessifs à des minorités agissantes qui dénaturent ainsi la démocratie plus qu’ils ne la consolident.

    Ainsi, les syndicats, qui ne représentent en France qu’à peine plus de 5 % des électeurs, s’arrogent indûment le droit d’imposer leurs positions, archaïques d’ailleurs, par la rue quand ils n’y arrivent pas par la négociation. Ou ils utilisent des procédés déloyaux comme ceux qui consistent à faire faire la grève à de très petits groupes de salariés clés dans leur secteur pour bloquer tout un pays. Ainsi quand une partie des aiguilleurs des voies ferrées – 3000 emplois sur les 270 296 employés de la SNCF en 2021 – se mettent en grève, ils interrompent tout le trafic ferroviaire et bloquent la France.

    La démocratie repose sur la règle de la majorité dans le respect des droits de tous. Il est souhaitable qu’elle recherche les consensus et le dialogue préalablement à toute décision difficile, mais il ne faut pas qu’elle tombe pour autant sous la tyrannie des minorités. Elle ne remet pas le pouvoir directement entre les mains du peuple mais elle lui permet d’élire régulièrement des représentants pour décider en son nom. En transportant le pouvoir dans les mains des syndicats comme de quelconque convention citoyenne et autre Conseil national de la refondation (CNR), la République affaiblit la démocratie plus qu’elle ne la renforce ou la renouvelle. Les représentants du peuple y perdent leur crédibilité et leur légitimité abandonnées à ces comités populaires dont l’histoire a montré l’habituel dévoiement.

    Il est utile qu’il y ait des contre-pouvoirs dans les entreprises comme ailleurs mais pour autant qu’ils soient contributifs. Il est temps de limiter le pouvoir destructeur des syndicats en cantonnant leur action au monde de l’entreprise et sans entraver le travail de ceux qui ne partagent pas leurs opinions.

    Sur le web

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      Grèves : la CFDT se tire un paradoxe dans le pied

      Pascal Avot · ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Wednesday, 18 January, 2023 - 04:10 · 1 minute

    Contre la réforme des retraites, Laurent Berger , secrétaire général de la CFDT, appelle à « un mouvement massif en accord avec la CGT » et il ajoute : « Je préviens le gouvernement : vous n’allez pas nous faire porter le chapeau du blocage du pays ! » Fichtre. Quel panache, quelle insolence, quelle témérité !

    L’alliée des communistes

    Qu’est-ce que la CFDT ? Un syndicat social-démocrate. C’est-à-dire un syndicat qui se prétend de centre-gauche quand il ne se passe rien et s’allie aux pires communistes dès que les rues sont envahies par le doux parfum de pneus brûlés de la lutte des classes. En somme, la CFDT a pour mission de bêler avec les moutons et de hurler avec les loups, selon les variations du contexte.

    Cette fois, comme à son accoutumée, la ligne de la CGT sera la suivante :

    « Exactement comme si nous étions de vulgaires bolchéviques, nous allons empêcher les Français de travailler. Toutefois, si d’aventure le pays sombre dans la paralysie générale et le chaos économique qui en découlent mécaniquement, ce ne sera en aucune manière de notre faute puisque nous sommes tout sauf de vulgaires bolchéviques, contrairement à nos alliés de toujours, lesquels sont à la fois stupides, aveugles et violents, mais ne nous sont pas moins absolument indispensables, puisqu’ils apportent les trompes de brume, les fumigènes et le pastis à nos pique-niques idéologiques. Nos têtes sont vides, leurs muscles sont gros, le combat continue ! Gloire à l’initiative de la base en colère répercutée par nos lumineux mots d’ordre subventionnés ! »

    En clair : nous sommes les Monique du Fourniret totalitaire.

    Le philosophe Martin Heidegger considère que la question fondamentale de la philosophie est : « Pourquoi y a-t-il de l’être et non pas plutôt rien ? » Nous lui répondons : « Commence plutôt par te demander pourquoi il y a la CFDT et non pas plutôt rien, ça nous rendra un fier service ».

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      Le gréviste et ses états d’âme

      Karl Eychenne · ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Wednesday, 26 October, 2022 - 03:10 · 6 minutes

    Une grappe de grévistes a pris la France en otage .

    Ont-ils mesuré les conséquences de leurs actes ? Oui, selon une thèse provoquante qui propose que les grévistes n’ont pas (d’état) d’âme. Non, selon une thèse accommodante qui propose que les grévistes ont une âme mais limitée. Cet article spéculatif tente de trancher.

    Les grévistes ont-ils une âme ? La question est piquante, clivante, mais on s’en moque. Maintenant que la pression semble retomber un peu, et que les stations services ne sont plus des salles de combat, peut-être le moment est-il venu d’être un peu léger. Cet article n’a pas pour ambition d’être soumis à publication académique, il n’éprouvera donc aucune retenue à proposer des réponses inaudibles ou même des non réponses (ce que l’on appelle des résultats négatifs). Sérieux s’abstenir, évidemment.

    « La vie s’arrête lorsque la peur de l’inconnu est plus forte que l’élan. » – Hafid Aggoune.

    Louons donc l’intrépide gréviste qui choisit de se laisser emporter par son élan, au risque de se perdre. Louons-le, même s’il agace. Car il agace. Une telle siccité d’âme fait tiquer : comment oser nous priver de carburant alors même que nous sommes déjà privés de pouvoir d’achat ? Pompon de l’histoire, nous apprenons que les revendications du gréviste dépassent largement les espérances du pékin moyen. Quel toupet ! En résumé, le gréviste nous prend tous en otage, et rançonne son patron afin qu’il lui accorde davantage qu’à n’importe qui.

    Nous proposons deux tentatives d’explications susceptibles de justifier un tel comportement.

    Le gréviste en manque d’âme

    Peut-être le gréviste n’a pas conscience des dommages collatéraux causés par l’exercice de son obstination ?

    Le gréviste serait un peu benêt, il beugle, il vocifère, il dit « non ! » avant de réfléchir. Le gréviste serait plus proche de l’animal sauvage que de l’homme neuronal, un genre d’ animal machine ou machine vivante à la Bichat , mais trop rebelle et inapte à la vie en société. Plus caricatural encore, le gréviste serait un canard de Vaucanson , mais défectueux : canard mécanique à deux modes d’expression « bouffer – chier », mais aussi capable de « nous faire chier » en cas de grève. En déficit sur tous les plans, le gréviste serait notamment handicapé par une âme limitée , ce qui est une bien mauvaise nouvelle pour le bien vivre ensemble. En effet, le gréviste éprouverait alors quelques difficultés à manifester empathie et compassion pour autre que lui, d’où son inclinaison à faire grève à la moindre frustration.

    Cette thèse du gréviste en manque d’âme tient-elle la route ? Non.

    En effet, nous sommes alors confrontés à deux contradictions majeures.

    D’abord, la machine vivante ordinaire cherche à maximiser l’ espérance de vie , alors que le gréviste a pour ambition de maximiser la vie d’espérances , rien à voir. L’horizon des possibles proposé par le gréviste semble donc bien plus riche que celui de l’animal machine. Le gréviste nous parle d’imaginaire, l’autre nous parle de frigidaire. Autre contradiction, il est dit que le gréviste en manque d’âme serait la conséquence d’une cause qui lui échappe. Le gréviste serait un travailleur qui a buggé , et non pas un travailleur qui décide de faire grève. Pourtant, le gréviste ne semble pas particulièrement souffrir d’un manque de liberté et de libre arbitre, bien au contraire. C’est bien le gréviste qui semble décider de sa grève. Le gréviste semble ainsi plus proche d’un organisme vivant à la Claude Bernard , un organisme capable d’une certaine forme d’émancipation (grève) par rapport au milieu hostile (patron).

    La thèse du gréviste en manque d’âme n’est donc pas retenue pour expliquer son engagement exubérant, qui peut passer pour une forme d’égoïsme ou d’insouciance. À la question initiale « le gréviste a-t-il mesuré les conséquences de ses actes ? » , on ne peut donc pas répondre Non au motif qu’il aurait manqué d’une certaine bonté d’âme , d’empathie, de compassion, de bon sens en quelque sorte. Mais cela reste insuffisant pour en déduire Oui… les social studies ont effectivement une certaine aversion à utiliser le tiers exclu pour déduire le vrai du faux, se revendiquant un peu plus ouvertes d’esprits sur les sciences dites dures.

    Le gréviste n’a pas (d’état) d’âme

    Cette thèse est plus provoquante que la précédente.

    Le gréviste serait un être froid, au cœur sec, pour lequel la fin justifie tous les moyens. Le patron n’a plus le monopole du calcul rationnel, le gréviste aussi est capable de faire quelque addition. Sans état d’âme, il serait alors prêt à provoquer une paralysie totale du pays pour obtenir le revenu souhaité. Pire, on dit même qu’il pourrait vendre son âme au diable, si cela lui permettait d’avoir quelque argent supplémentaire encore. « Un peu excessif quand même… » avancera le gréviste rationnel. Après tout, si son entreprise fait des super profits, pourquoi lui ne n’aurait-il pas un super salaire ? On lui explique alors que le super profit est exceptionnel et l’inflation temporaire. Rien à cirer. On lui explique que le vrai pouvoir d’achat se décompose en productivité du travail, globalisation, et qualification , mais se passe des revendications. Rien à cirer bis.

    Cette thèse du gréviste qui n’a pas (d’état) d’âme doit-elle être retenue ? Non plus.

    Car elle oublie un paramètre essentiel et profondément humain : l’insupportable sensation de se faire enfumer. Pour le gréviste, il ne s’agit pas tant d’obtenir un supplément de revenu couvrant une partie de l’inflation, que de montrer qu’il ne se laissera pas enfumer une fois de plus. Il voit la prime du patron et les dividendes des actionnaires bondir, et a le sentiment que les quelques miettes qu’on lui donne ont pour seul objectif de l’assoupir. Sa part du gâteau a peut-être substantiellement augmenté en absolu, mais ridiculement en relatif. Pourtant, le gréviste n’est pas chafouin. Il serait prêt à adhérer au suffisantisme (thèse qui propose un salaire juste suffisant), mais à condition que son patron adhère au limitarisme (thèse qui propose une limite max au revenu). En langage populaire, le gréviste veut bien faire un effort mais pas qu’on le prenne pour un con. Cette nuance semble essentielle si l’on veut comprendre la nature de la revendication.

    La thèse du gréviste qui n’a pas d’état d’âme n’est donc pas retenue non plus pour expliquer un comportement pouvant paraitre excessif pour celui qui se bat à la pompe.

    À la question initiale « le gréviste a-t-il mesuré les conséquences de ses actes ? » , on ne peut donc pas répondre Oui au motif qu’il n’aurait eu aucun d’état d’âme à faire ce qu’il avait à faire. Et comme vu précédemment, cela reste insuffisant pour en déduire Non.

    Conclusion bidon

    Cet article conclue donc sur ce que l’on appelle un résultat négatif, puisque nous rejetons les deux thèses proposées. En effet, si le gréviste choisit d’être aussi égoïste et obtus dans l’expression de sa grève, ce n’est pas par manque d’âme ou absence d’âme, mais pour une autre raison qu’il reste à définir. Nous avons proposé quelques pistes de réflexions, le ressentiment semblant la plus prometteuse.

    « Dans toute république il y a deux partis : celui des grands et celui du peuple ; et toutes les lois favorables à la liberté ne naissent que de leur opposition… on ne peut qualifier de désordre une république où l’on voit briller tant de vertus » Machiavel

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      Crise des urgences à l'hôpital: première mobilisation du nouveau quinquennat

      news.movim.eu / HuffingtonPost · Tuesday, 7 June, 2022 - 05:55 · 3 minutes

    Des infirmiers des services de réanimation des hôpitaux en grève pour la revalorisation de leurs salaires rassemblés devant l'entrée de l'hôpital Edouard Herriot le 11 mai 2021 à Lyon. Des infirmiers des services de réanimation des hôpitaux en grève pour la revalorisation de leurs salaires rassemblés devant l'entrée de l'hôpital Edouard Herriot le 11 mai 2021 à Lyon.

    MANIFESTATION - En pleine crise des urgences et à quelques jours des législatives, neuf syndicats et collectifs hospitaliers organisent une journée de mobilisation ce mardi 7 juin, pour réclamer des hausses de salaires et d’effectifs sans attendre le résultat de la “mission flash” commandée par Emmanuel Macron .

    Pour cette première journée d’action du second quinquennat Macron , la CGT et ses alliés ont prévu des rassemblements dans au moins cinquante villes. À Paris, les manifestants sont attendus devant le ministère de la Santé à partir de 13h30.

    D’autres actions sont annoncées, souvent devant les hôpitaux, à Grenoble, Marseille, Nantes et Toulouse, mais aussi dans de plus petites localités comme Aurillac, Epernay ou Cherbourg, où Emmanuel Macron est venu la semaine dernière annoncer une “mission flash” sur les services d’urgences.

    Car c’est bien là que le feu couve: faute de soignants, au moins 120 services ont été forcés de limiter leur activité ou s’y préparent, selon un décompte fin mai de l’association Samu-Urgences de France. C’est d’ailleurs son président François Braun qui devra rendre les conclusions de la “mission flash” au chef de l’État d’ici fin juin.

    La crainte d’un été sous haute pression aux urgences

    Un délai justifié afin de “regarder service d’urgence par service d’urgence et Samu par Samu, territoire par territoire où il y a des besoins”, a expliqué Emmanuel Macron d ans un entretien à la presse régionale vendredi, promettant de “prendre des décisions d’urgence dès juillet”.

    Mais ses opposants y voient surtout un stratagème pour “repousser les décisions après les législatives ” des 12 et 19 juin, alors que le système de santé est déjà “en situation de catastrophe”, a dénoncé l’urgentiste Christophe Prudhomme, de la CGT-Santé, lundi sur RFI.

    “On s’attend à un mois de juillet particulièrement difficile et un mois d’août horrible” et “cette mission flash, c’est un peu une insulte pour nous”, a même estimé Pierre Schwob-Tellier, du collectif Inter-Urgences, lors d’une conférence de presse jeudi.

    La critique vise aussi le choix de M. Braun, chef des urgences du CHR de Metz et référent santé du candidat Macron lors de la récente campagne présidentielle. L’intéressé a assuré mercredi sur Franceinfo qu’il n’entendait pas produire “un énième rapport” mais bien “rédiger l’ordonnance” attendue par les hospitaliers, ajoutant avoir “déjà des pistes”.

    Certaines figurent dans un courrier envoyé à la ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon, le jour de sa nomination et publié sur le site internet de Samu-Urgences de France.

    Elles sont parfois consensuelles, comme la revalorisation du travail de nuit et du weekend, “très pénible” mais majoré de seulement un euro de l’heure pour les infirmières, ce qui est “complètement aberrant”, a-t-il souligné.

    D’autres idées inquiètent, comme l’obligation d’appeler le 15 pour filtrer l’accès aux urgences, mise en oeuvre à Cherbourg ou à Bordeaux. Un scénario “injouable” pour Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), qui prédit une explosion des appels vers des Samu “déjà débordés”. Avec un risque de perte de chance pour les patients.

    À voir également sur Le HuffPost: Au CHU de Rennes, un service d’urgences ”à bout” se met en grève

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      Emmanuel Macron confronté à une triple grève qui révèle les défis du quinquennat

      news.movim.eu / HuffingtonPost · Thursday, 2 June, 2022 - 05:00 · 5 minutes

    Emmanuel Macron photographié à l'Hôtel des Invalides jeudi 1er juin 2022. Emmanuel Macron photographié à l'Hôtel des Invalides jeudi 1er juin 2022.

    POLITIQUE - Une concomitance des luttes qui résonne d’une façon particulière. Ce jeudi 2 juin, Emmanuel Macron voit deux secteurs à haute portée symbolique se mettre en grève: les diplomates du Quai d’Orsay et les professionnels des secteurs de l’électricité et du gaz. Des préavis auquel s’ajoutera vendredi celui déposé chez Orpea , alors que le secteur de la dépendance est en crise.

    Un agenda social qui révèle les défis du quinquennat qui s’ouvre, puisque ces mouvements mettent le doigt sur des dossiers à très fort potentiel polémique. Parmi eux, la suppression du corps diplomatique qui avait fait couler beaucoup d’encre durant l’entre-deux tours. Un décret datant du samedi 16 avril et publié un jour après, le dimanche 17, au Journal officiel , entérine la suppression de deux corps constituant la hiérarchie du ministère des Affaires étrangères : celui des conseillers des affaires étrangères et celui des ministres plénipotentiaires.

    Crise diplomatique

    Ce qui ne passe du tout chez les fonctionnaires concernés qui, sur les réseaux sociaux, s’alarment du démembrement du corps diplomatique via le hashtag #diplo2metier . En plus de provoquer des remous au sein du prestigieux ministère, où l’on ne transige pas avec l’appartenance au corps diplomatique , cette réforme avait provoqué un tollé sur le plan politique. “La France voit détruire au bout de plusieurs siècles son réseau diplomatique. Le deuxième du monde. Les copains de promo vont pouvoir être nommés. Immense tristesse”, avait notamment réagi Jean-Luc Mélenchon.

    Pour faire simple, on craint en interne que le savoir-faire diplomatique reconnu à travers le monde disparaisse au profit du copinage. “Il est vital de renoncer à la réforme, car elle va transformer profondément le corps diplomatique, à partir du moment où les plus beaux postes seront attribués pour des raisons non diplomatiques, au risque d’une grande politisation”, s’alarme l’ancien chef de la Diplomatie Dominique de Villepin. Plus inquiétant pour l’exécutif, plusieurs ambassadeurs ont fait savoir qu’ils participeraient à la grève. Ce qui n’est pas forcément le meilleur signal à envoyer au monde en pleine guerre en Ukraine.

    De l’avis de plusieurs observateurs, la nomination au poste de ministre des Affaires étrangères de Catherine Colonna, ex-ambassadrice à Londres, peut être interprétée comme un gage donné aux diplomates après une première levée de boucliers. Reste que le dossier ne manquera pas de réveiller les procès en copinage déjà instruit au Quai d’Orsay à l’encontre d’Emmanuel Macron.

    En août 2018, le gouvernement avait nommé par décret l’écrivain Philippe Besson (proche du chef de l’État) au poste prestigieux de consul de Los Angeles. Décision cassée par le Conseil d’État . La raison? Le poste est dévolu aux diplomates de carrière. Un précédent qui ne sera pas de nature à calmer les esprits des détracteurs de cette réforme, qui vise justement à faire sauter ces verrous.

    Salaires et inflation

    L’autre dossier qui perturbe ce début de second quinquennat est celui mis sur la table par les professionnels des secteurs de l’électricité et du gaz. Ce qu’ils veulent? Des négociations salariales dans le contexte de forte inflation observé ces dernières semaines. Comme nous l’écrivions mardi , l’inflation dépasse les 5%. Du jamais vu depuis 1985. Un dossier qui n’est d’ailleurs pas décorrélé des questions diplomatiques citées plus haut, puisque les sanctions contre la Russie (et plus précisément l’embargo sur le pétrole russe ) ne devraient pas arranger la situation.

    Les professionnels de ces secteurs entendent donc faire pression sur EDF et ses filiales Enedis et RTE pour obtenir gain de cause, sans forcément affecter les usagers sur les factures. “On demande une revalorisation de la grille du salaire national de base pour que les salariés de la branche des IEG (industries électriques et gazières) ne perdent pas en pouvoir d’achat, d’autant que les premiers niveaux de rémunération sont passés en dessous du Smic”, a indiqué à l’AFP Amélie Henri, secrétaire nationale CFE-Unsa énergies pour EDF. Ce qui intéressera forcément l’exécutif, doublement impliqué au titre de la lutte en faveur du pouvoir d’achat et de la maîtrise des prix de l’énergie.

    Orpea et crise la dépendance

    Enfin, la grève annoncée vendredi 3 juin dans les Ehpads Orpea, devrait (encore) jeter une lumière crue sur la crise de la dépendance en France. Un secteur toujours ébranlé par la sortie du livre-enquête Les Fossoyeurs, qui a provoqué un scandale et une prise de conscience nationale, au regard des bénéfices monstres engrangés par le géant du secteur au détriment de l’accueil (et parfois de la dignité) de ses pensionnaires.

    La raison de ce préavis? Le non-versement de la prime d’intéressement. “Sacré culot pour cette nouvelle direction et ce nouveau DRH que d’agir ainsi face à des personnels aux petits salaires qui ont tant donné et continuent de donner”, s’indigne auprès de l’AFP Dominique Chave, secrétaire général de la CGT “santé privée”. Au-delà du seul cas d’Orpea, ce mouvement rappellera que le secteur est toujours en crise. Et pour cause, le Synerpa, principal syndicat des Ehpad privés, a réclamé ce mercredi au gouvernement un plan d’urgence pour que le secteur puisse recruter suffisamment de personnel, dans le but de pouvoir répondre à la demande cet été.

    “Nous savons que dans ces périodes pré-estivales c’est très compliqué de recruter du personnel soignant, nous avons besoin et demandons des mesures fortes dès aujourd’hui”, a déclaré Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa, promettant un été “difficile”. Un dossier sensible de plus à ajouter sur la pile, déjà bien haute, d’Emmanuel Macron.

    À voir également sur Le HuffPost: Mort d’un journaliste français en Ukraine : “Ce sujet ne peut pas rester impuni”, affirme Emmanuel Macron